LIVRE QUATRIÈME. T
soins, et que ce n'est point lui qui pourvoit à leur subsistance, il ne peut avoir aucun droit sur eux tant qu'ils errent dans les forêts. Dans le pays où le gibier est si abondant qu'on peut le prendre sans beaucoup de peine, on ne songe point à s'approprier ce qu'on peut toujours avoir si aisément. Dans les pays au contraire où il est si rare que les dangers et les fatigues de la chasse exigent les efforts réunis de toute une tribu , de tout un village , celui qui a été tué est un fonds commun, appartenant également à tous ceux qui par leur adresse ou par leur courage ont contribué au succès de l'expédition. Les forêts ou les endroits giboyeux chez les peuples chasseurs sont considérés comme propriété d'une tribu, qui a le droit d'en exclure toutes les tribus rivales.- Mais parmi ces tribus il n'est point d'individu qui s'arroge quelque portion particulière de propriété, exclusivement à tous les autres membres de la société. Tout appartient également à tous, et chacun va prendre dans le magasin commun , où l'on a mis le butin de la chasse , tout ce qui lui est nécessaire pour sa subsistance. Les principes qui règlent la principale occupation de la vie s'étendent aussi aux travaux accessoires qu'ils y joignent. L'a-
de peuple chasseur qui ne connaisse au moins la propriété des meubles qui sout particuliers à chacun de ses membres. On peut voir ce que dit à ce sujet Heckewekler. Hist. mœurs et coutumes des nations Indiennes dans la Pensylvanie , etc. Au surplus Robertson lui-même a modifié son assertion dans la note 5o. (D. L. R.)
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I 34 HISTOIRE DE l' AMÉRIQUE.
griculture même n'a pu introduire parmi eux une idée complète de la propriété. Tandis que les hommes chassent , les femmes travaillent a la terre , et tous ensemble, après avoir fini leurs taches, jouissent en commun des fruits de leurs travaux'. Parmi quelques tribus , toutes les productions de la terre sont déposées dans des greniers publics , pour être partagées ensuite entre tous les membres à des époques déterminées, dans la proportion de leurs besoins \ Quoiqu'on les renferme dans des greniers séparés ? parmi quelques autres tribus on n'y peut cependant jamais acquérir un droit assez exclusif de propriété pour qu'il soit permis à quelqu'un de jouir du superflu, tandis qu'autour de lui quelqu'un manque du nécessaire 3. Ainsi toutes les distinctions qui naissent de l'inégalité des richesses leur sont inconnues. Les noms même de riche et de pauvre n'ont pu pénétrer dans leurs langues. Ils sont enfin absolument étrangers à tous les rapports qui naissent de la propriété, ce grand objet des lois et de la politique, cette base principale de tous les gouvernements que le genre humain a établis sur la terre k.
Les hommes dans cet état conservent toujours un sentiment très fort de leur indépendance et de
(i) Dr. Fcrguso'i's Essay, 12 5.
(a).Guinilla, I, a65. Brickell, JEftrf. oj'N. Carol., 3 a 7. Voyez la noteoo.
(3) Dcnys, Hist. nat., II, 3 92, 3g '<.
(4) P. Martyr, Décati, p. 4 5. \ enegas, Hist. 0/ Califovn. I, 60. Lery , tiavig. in Brasil. c. 17.