LIVRE QUATRIEME. iZjI
sociétés dans les mêmes circonstances. On en rencontre quelques-unes de semblables en Amérique parmi les peuples que j'ai confondus sous le nom commun de sauvages. Elles sont si curieuses et si importantes que je crois nécessaires de les faire connaître et de remonter à leur origine.
Dans le Nouveau-Monde , comme dans d'autres parties du globe , les contrées froides et tempérées semblent être le siège favori de la liberté et de l'indépendance. Là les âmes sont fortes et vigoureuses comme les corps. Plein du sentiment de sa dignité personnelle et capable des plus grands efforts pour la faire respecter, l'homme y aspire à l'indépendance, et sa fierté opiniâtre se soumet avec répugnance au joug de la"servitude. Dans les climats plus chauds, où les corps sont toujours énervés , où une sensation agréable et présente paraît la suprême félicité , où une inaction complète est une jouissance , l'homme consent aisément à passer sous la puissance d'un maître. Aussi en parcourant le continent de l'Amérique du nord au sud, nous verrons l'autorité s'accroître par degrés, et les hommes devenir plus soumis et moins actifs. Dans la Floride , l'autorité des sachems et des caciques était non-seulement permanente, mais héréditaire. On les avait distingués par des ornements particuliers , par des prérogatives de différents genres , et leurs sujets n'osaient les approcher qu'avec ces
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démonstrations de respect et de vénération que les sujets d'un despote sont accoutumés à employer en approchant du trône de leur maître1. Chez les Natchez, tribu puissante, aujourd'hui éteinte, qui habitait autrefois sur les bords du Mississipi , on connaissait des différences de rang qui sont absolument ignorées des nations septentrionales. Quelques familles étaient réputées nobles et jouissaient de plusieurs dignités héréditaires. Le corps du peuple était considéré comme vil et formé seulement pour la sujétion. Ces distinctions étaient fixées par des noms qui marquaient l'élévation de la première classe et l'abaissement ignominieux de la seconde. On donnait aux nobles le nom de respectables, et aux gens du peuple celui de puants. Le premier chef, celui dans lequel résidait l'autorité suprême y était considéré comme un être d'une nature supérieure , comme le frère du soleil, seul objet de leurs adorations. On n'en approchait qu'avec une vénération religieuse , et on lui rendait les honneurs qui sont dus au représentant de la Divinité. Ses volontés étaient des lois auxquelles tous se soumettaient aveuglément. La vie de ses sujets était tellement a sa disposition , que le malheureux qui avait pu lui déplaire allait lui offrir sa tête avec une pro-
(i) Cardenas y Cano Ensayo Cltronoh à la Ht st. de Flor'ula , /». 4<> Leruoine de Morgues Icônes Floridct , ap. de Bry, p. r,. /,, etc. Char* Irsoix, Hisl. tk ta Xouw Fr. III, ;<);, 468.