‹ Histoire de l'Amérique (volume 3)Chapitre 63 sur 161 · LIVRE QUATRIÈME. I · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME. I

fonde humilité. La puissance des chefs ne finissait pas avec leur vie : ils devaient être accompagnés dans l'autre monde par les personnes qui les avaient servis dans celui-ci : plusieurs de leurs domestiques, les principaux officiers et leurs femmes les plus chéries étaient immolés sur leur tombe; et telle était la vénération qu'ils inspiraient, que toutes ces victimes allaient avec ravissement à la mort et regardaient comme la distinction la plus honorable et la récompense la plus belle de leur fidélité ' d'être choisies pour accompagner leur maître au tombeau. Aussi l'on voit établi chez les Natchez un despotisme parfait avec tout son cortège de superstition , d'arrogance et de cruauté; et, par une singulière fatalité , ce peuple a éprouvé toutes les calamités qui appartiennent aux nations policées , quoiqu'il n'eût pas fait dans les arts et dans la civilisation beaucoup plus de progrès que les tribus dont il était entouré.

A l'Espagnolâ, à Cuba et dans les grandes îles, Dans les îles, les caciques et les chefs jouissaient d'un pouvoir fort étendu , et leur dignité se transmettait par droit héréditaire du père au fils , avec les honneurs et les prérogatives distingués qui y étaient attachés. Les sujets avaient un "grand respect pour leur chef, et se soumettaient à ses ordres sans hésitation ni ré-

(i) Dumont, Mémoire hlsl. sur la Louisiane, I, 17 5. Charlevoix, Eut. de la Now. France, III, 419, etc. Lettres e'dif. XX, 106, ru.

serve \ Les caciques étaient distingués par des ornements particuliers; et, pour conserver ou augmenter la vénération des peuples, ils avaient eu l'art d'appeler la superstition au secours de leur autorité. Ils présentaient leurs commandements comme les oracles du ciel , et prétendaient être doués du pouvoir de régler les saisons , de dispenser le soleil et la pluie, selon que leurs sujets en avaient besoin. Dans quelques parties du continent l'autorité des caciques semble avoir été aussi étendue que dans les îles. Dans Bogota , qui est aujourd'hui une province du nouveau royaume de Grenade , il y avait une nation plus nombreuse et plus avancée dans les différents arts qû aucun autre peuple d'Amérique , à l'exception des Mexicains et des Péruviens. Elle subsistait principalement du produit de l'agriculture. L'idée de propriété y était établie , et les droits en étaient maintenus par des lois transmises par tradition et observées avec un grand soin2. Ce peuple vivait dans de grandes villes; il était vêtu d'une manière convenable, et il avait des maisons qu'on pouvait regarder comme commodes en comparaison de celles des nations qui l'environnaient. Cette civilisation extraordinaire avait produit des effets sensibles. Il y avait une forme régulière de

(i) Horrorn, Decad. I, lib. I, cap. if>; lib. III, cap. \\, p. 88. Vie de Colomb, chap. 3?..

(•i) l'icdrnliila, lïtst. de las ConqtlistaA de/ mtevo ReyttO de Cran. p. \<S.

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