‹ Histoire de l'Amérique (volume 3)Chapitre 64 sur 161 · LIVRE QUATRIÈME. l · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME. l

gouvernement, et un tribunal établi pour connaître des différents crimes et les punir avec sévérité. On y connaissait la distinction des rangs. Le chef, à qui les Espagnols donnaient le titre de monarque, et qui méritait ce nom par l'appareil et l'étendue de son autorité, gouvernait avec un pouvoir absolu. Il avait des officiers de différents grades , et il ne paraissait jamais en public sans une suite nombreuse : il était porté avec beaucoup de pompe dans une espèce de palanquin, précédé par des coureurs qui allaient en avant pour faire nettoyer la route de son passage et la joncher de fleurs. La dépense de cette pompe extraordinaire se prenait sur les taxes et sûr les présents qu'il recevait du peuple, pour qui ce prince était un objet de vénération si imposant que personne n'osait le regarder en face, ni même s'approcher de lui autrement qu'en détournant le visage ' . Il y avait sur le même continent d'autres tribus beaucoup moins avancées dans la civilisation que le peuple de Bogota , chez lesquelles cependant l'esprit de liberté et d'indépendance, si naturel à l'homme sauvage, était déjà soumis à une sorte de police, et qui avaient des caciques revêtus d'une autorité assez étendue.

Il n'est pas aisé d'indiquer les circonstances, ni Cause de ces de démêler les causes qui ont contribué à introduire vauetes*

(i) Herrera, Decad. VI, lib. I, cap. 2; lib. V, cap. 56. Piedrahita, cap. V, p. 1 5, etc. Gomara, Hist. cap. 72.

l4t> HISTOIRE DE l'aMBBIQUE.

et à établir parmi ces peuples une forme de gouvernement si différente de celui des tribus qui les environnent, et si opposée au génie des nations sauvages. Si les hommes qui ont eu occasion de les observer dans leur état primitif y avaient apporté plus d'attention et de discernement, nous aurions pu en recevoir des lumières suffisantes pour nous guider dans cette recherche. Si d'un autre coté l'histoire d'un peuple à qui l'usage de l'écriture est inconnu n'était pas enveloppée de ténèbres impénétrables, nous pourrions tirer de cette source quelques éclaircissements. Mais nous ne pouvons rien recueillir de satisfaisant, ni des relations des Espagnols, ni des traditions mêmes des habitants; il faut avoir recours aux conjectures pour expliquer les irrégularités qui se présentent dans l'état politique des peuples dont nous parlons. Comme toutes ces tribus, qui avaient déjà perdu leur liberté et leur indépendance naturelle, étaient situées sous la zone torride ou dans des pays qui en sont voisins , on peut supposer que le climat a contribué à les disposer à cet état de servitude qui semble être la destinée de l'homme dans ces régions de la terre. Mais quoique l'influence du climat, plus puissante que celle d'aucune autre cause naturelle, ne doive pas être négligée, cette circonstance seule ne peut cependant pas suffire pour donner la solution du problème. Les actions des hommes sont si compliquées qu'il ne faut pas se hâter d'at-

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