‹ Histoire de l'Amérique (volume 3)Chapitre 65 sur 161 · LIVRE QUATRIÈME. I · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME. I

tribuer à un seul principe la forme particulière qu'on leur voit prendre. Quoique le despotisme ne se trouve en Amérique que sous la zone torride et dans les pays chauds qui Pavoisaient, j'ai déjà fait observer que ces pays sont habités par différentes tribus, dont les unes jouissent d'une grande liberté , et les autres ne sont soumises à aucune espèce de police. L'indolence et la timidité particulière aux habitants des îles les rendaient tellement incapables des sentiments et des efforts nécessaires pour rester dans l'indépendance , qu'il serait inutile de chercher quelque autre cause de leur soumission à la volonté d'un chef. La servitude des Natchezet des habitants de Bogota semble avoir été un effet naturel de la différence qu'il y avait entre leur état et celui des autres Américains. Ils formaient des nations fixes, résidant constamment dans le même lieu. La chasse n'était point la principale occupation des premiers, et les derniers paraissent à peine avoir compté sur cette ressource pour en faire un moyen de subsistance. Les uns et les autres avaient fait de tels progrès dans l'agriculture et dans les arts que les Natchez avaient une idée assez précise de la propriété, et qu'elle était complètement établie chez les autres. Dans cet état de société, l'avarice et l'ambition ont déjà des objets sur lesquels elles peuvent exercer leur influence. Des vues d'intérêt attirent les hommes cupides; le désir de la prééminence excite les entreprenants : les uns et les

l/j8 HISTOIRE DE L,' AMÉRIQUE.

autres aspirent à la domination, et des passions inconnues à l'homme sauvage les portent à empiéter sur les droits de leurs concitoyens. Des motifs qui sont également étrangers à toutes les nations sauvages obligent le peuple à se soumettre sans résistance à l'autorité usurpée de ses supérieurs; mais parmi ces nations mêmes on n'aurait pas pu, sans le secours de la superstition , rendre l'esprit des peuples si docile et le pouvoir des chefs si étendu. C'est sa fatale influence qui, dans tous les degrés de la société, abaisse et dégrade l'esprit humain, brise sa vigueur et son indépendance naturelle. Quiconque sait manier cetinstrument redoutable est sûr de dominer sur son espèce. Malheureusement pour les peuples dont les institutions sont l'objet de nos recherches, ce pouvoir était entre les mains de leurs chefs. Les caciques des îles pouvaient faire parler comme il leur plaisait leurs Cèmis ou divinités, et c'était par leur interposition et en leur nom qu'ils imposaient des tributs et des charges sur le peuple'. Le grand chef des Natchcz était le principal ministre ainsi que le représentant du soleil qu'ils adoraient. Le respect que le peuple de Bogota avait pour ses monarques était dicté par la religion; l'héritier apparent du royaume était élevé dans l'intérieur du temple principal, sous une discipline austère et avec des cérémonies particulières, propres à inspirer à ses sujets (i) Heiïera, TDecad. /, Ub. III. cap. 3.

Page 1