LIVRE QUATRIÈME. I D
inanimés. Si un sauvage est blessé par hasard par une pierre, il la saisit souvent dans un transport de colère, et tâche d'apaiser sur elle son ressentiment en la brisant \ S'il est blessé d'une flèche en combattant , il l'arrache de sa blessure , la rompt avec ses dents et la jette en pièces sur la terre8. A l'égard de ses ennemis , la rage de la vengeance ne connaît point de bornes. Dominé par cette passion , l'homme devient le plus cruel de tous les animaux ; il ne sait ni plaindre , ni pardonner r ni épargner.
La violence de cette passion est si bien connue des Américains eux-mêmes, que c'est elle qu'ils invoquent toujours pour exciter le peuple à prendre les armes Si les anciens d'une tribu veulent arracher les jeunes gens à l'indolence ; si un chef se propose d'engager une troupe de guerriers à le suivre dans une incursion sur le territoire ennemi , c'est de l'esprit de vengeance qu'ils tirent les motifs les plus puissants de leur éloquence martiale. « Les ce os de nos concitoyens , disent - ils , sont encore « exposés sur la terre. Leur lit ensanglanté n'a pas « encore été nettoyé. Leurs esprits crient contre « nous; il faut les apaiser. Allons, et dévorons ceux « qui les ont massacrés. Ne restez pas long-temps « dans l'inaction sur vos nattes ; levez la hache ;
(i) Lery, ap. de Bry, III, 190.
(2) Lery, ap. de Bry, III, 208. Hcrrera, Decad. I, lié. VI, cap. 8.
« consolez les esprits des morts, et dites-leur quils « vont être vengés '. »
Perpétuité Échauffés par ces exhortations , les jeunes saules guerres. vages sc saisissent de leurs armes avec un transport de fureur, entonnent la chanson de guerre, et brûlent d'impatience de tremper leurs mains dans le sang de leurs ennemis. Des guerriers particuliers rassemblent souvent de petites troupes , et vont attaquer une tribu ennemie sans consulter les chefs de la communauté. Un guerrier, par un mouvement ou de caprice ou de vengeance , se met quelquefois seul en campagne , et fait plusieurs centaines de milles pour surprendre et tuer un ennemi isolé a. Les exploits d'un guerrier dans ces excursions solitaires forment souvent la partie principale de l'histoire d'une campagne américaine 3 ? et les anciens se prêtent à ces saillies ir régulières du courage , parce qu'elles tendent à entretenir l'esprit martial , et qu'elles accoutument le peuple à l'audace et au danger4. Mais lorsqu'il s'élève une guerre nationale , entreprise par autorité publique , les délibérations se prennent avec règle et avec lenteur. Les anciens s'assemblent : ils exposent leurs opinions dans des
(r) Charlevoix , Hist. de la Nouv. Fr. III, 216, 217. Lery, a/>. de Bry, III f 204.
(2) Voyez la note 53.
(3) Voyez la note 54.
(4) Bossu , Voy. I, i'|0. Lery, ap. de ///», ■>. \ j. Heimrjiiu , Mœurs des samvtxgesy 4t< Gafitau, II, 1 ("><-).