‹ Histoire de l'Amérique (volume 3)Chapitre 70 sur 161 · LIVRE QUATRIÈME. l · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME. l

discours solennels; ils pèsent avec maturité la nature de l'entreprise, et en discutent les avantages ou les désavantages avec beaucoup de prudence et de sagacité politique. Les prêtres et les devins sont consultés; quelquefois même on prend l'avis des femmes \ Si la décision est pour la guerre, on s'y prépare avec beaucoup de cérémonie. Il se présente un chef pour diriger l'expédition , et il est accepté; mais personne n'est obligé de le suivre :1a résolution qu'a prise la communauté de commencer les hostilités n'impose à aucun de ses membres l'obligation de prendre part à la guerre. Chaque individu reste le maître de sa conduite , et il ne s'engage à servir que de sa pure volonté 2.

Les principes qui dirigent leurs opérations mili- Manière de taires , quoique extrêmement différents des. prin- aire aSuer,ecipes qui règlent celles des nations plus civilisées et plus nombreuses, sont cependant très appropriés à leur état politique et à la nature du pays dans lequel ils font la guerre. Ils n'entrent jamais en campagne avec des corps nombreux, dont la subsistance durant de longs voyages à travers des lacs et des rivières , et dans des marches de plusieurs centaines de milles à travers des forêts horribles, exigerait de plus grands efforts de prévoyance et d'industrie que ne peuvent en faire les sauvages. Leurs armées ne

(i) Charlevoix, Hîst. de laNouv.Fr. 111, 21 5, 268. Biet, 367, 38o. (2) Charlevoix. Hisf. de la Nouv. Fr. III. 217-218.

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sont point embarrassées de bagages ni de provisions de guerre. Chaque guerrier porte avec ses armes une natte et un petit sac de maïs pilé , et c'est ce qui forme tout son équipage militaire. Quand ils sont encore à une certaine distance des frontières du pays ennemi , ils se dispersent dans les bois et vivent du gibier qu'ils tuent et des poissons qu'ils prennent. Dès qu'ils s'approchent du territoire de l'ennemi qu'ils vont attaquer, ils rassemblent toutes les troupes et s'avancent avec plus de précaution ; même alors ils ont uniquement recours aux stratagèmes et aux embuscades. Ils ne mettent point leur gloire à attaquer l'ennemi de front et à force ouverte. Le surprendre et le détruire , voilà le plus grand mérite d'un chef et la gloire de ses guerriers. Comme la chasse et la guerre sont leurs seules occupations , ils y portent le même esprit et les mêmes ruses. Ils suivent leurs ennemis à la trace au travers des forêts. Ils emploient dans la guerre ces moyens que prend le chasseur pour découvrir sa proie , cette adresse à se tenir caché près des lieux où elle peut être, cette patience à l'attendre pendant plusieurs jours, jusqu'à ce qu'elle ne puisse plus lui échapper et qu'il soit plus sûr de la prendre. Lorsqu'ils ne rencontrent point départi ennemi détaché, ils s'avancent jusque dans les villages , mais avec tant de précautions pour cacher leur approche, qu'ils se glissent souvent dans les forêts en marchant sur les

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