LIVRE QUATRIÈME. IQ
n'était pas si avancée , et la nature y présentait un aspect bien différent. Dans toutes les vastes régions qui le composent il ne se trouvait que deux monarchies remarquables pour l'étendue du territoire , et distinguées par quelque progrès dans la civilisation. Le reste du continent était peuplé de petites tribus indépendantes, privées d'art et d'industrie, qui n'avaient ni les moyens ni le désir d'améliorer l'état de cette portion de la terre qu'elles habitaient \. Des pays ainsi occupés étaient presque dans le même état que s'ils fussent restés sans habitants. D'immenses forêts couvraient une grande partie de cette terre inculte ; et comme la main de l'industrie n'avait pas encore forcé les rivières à couler dans le lit qui leur était le plus convenable, et n'avait pas ouvert des écoulements aux eaux stagnantes , plusieurs des plaines les plus fertiles étaient inondées par les débordements ou converties en marais. Dans les provinces méridionales , où la chaleur du soleil, l'humidité du climat et la fertilité du sol concourent à donner de l'activité à toutes les puissances de la végétation , les bois sont tellement embarrassés par l'exubérance même de cette végétation, qu'il est presque impossible d'y pénétrer, et que la surface du terrain y est cachée sous des couches épaisses d'arbrisseaux, d'herbes et de plantes sau-
(i) Voyez la noterr.
vages. C'est dans cet état de nature brute et abandonnée à elle-même que restent encore plusieurs des grandes provinces de l'Amérique méridionale, qui s'étendent du pied des Andes jusqu'à la mer. Les colonies européennes ont défricbé et cultivé quelques cantons le long de la cote; mais les naturels , toujours grossiers et indolents, n'ont rien fait pour découvrir ni pour améliorer un pays qui possède tous les avantages de situation et de climat que la nature peut donner. En avançant vers les provinces septentrionales de l'Amérique la nature continue de présenter un aspect sauvage et abandonné; et a proportion que la rigueur du climat augmente, la terre devient plus inculte et plus déserte. Là les forêts , quoique moins embarrassées par l'excès de la végétation, sont également vastes; d'immenses marais couvrent les plaines , et à peine aperçoit-on quelques tentatives de l'industrie humaine pour cultiver ou embellir la terre. Il n'est pas surprenant que les colonies envoyées d'Europe aient été étonnées à la première vue du Nouveau- Monde : il leur parut triste, désert et repoussant '. Lorsque les Anglais commencèrent à s'établir en Amérique, ils appelèrent les pays dont ils prirent possession le Désert. Il n'y avait que lVspérance
(i) Ce n'est pas ce qu'onl dit les premiers explorateurs de L'Amérique, en commençant par Christophe Colomb lui-même, qui trouvait le pays si beau qu'il crut avoir découvert le paradis terrestre. ( D. L. R.)