LIVRE QUATRIÈME. Il
flatteuse de découvrir des mines d'or qui pût engager les Espagnols à pénétrer dans les bois et les marais d'Amérique , où ils observaient à chaque pas l'extrême différence de l'aspect que présente la nature inculte et sauvage d'avec celui qu'elle prend sous la main industrieuse de l'art1.
Non - seulement les travaux de l'homme améliorent et embellissent la terre , mais ils la rendent encore plus salubre et plus favorable à la vie. Dans toute région négligée et destituée de culture , l'air est stagnant dans les bois ; des vapeurs corrompues s'élèvent des eaux ; la surface de la terre , surchargée d'une abondante végétation , n'éprouve point l'influence purifiante du soleil ; la malignité des maladies naturelles au climat s'augmente ? et il s'en produit de nouvelles non moins funestes. Aussi toutes les provinces de l'Amérique furentelles trouvées extrêmement malsaines lorsqu'on en fit la découverte. C'est ce que les Espagnols éprouvèrent dans toutes les expéditions qu'ils firent dans le Nouveau-Monde, soit pour tenter des conquêtes, soit pour former des établissements. Quoique la vigueur naturelle de leur constitution , leur tempérance habituelle, leur courage et leur constance les rendissent aussi propres qu'aucun autre peuple d'Europe à une vie active dans un climat brûlant , ils éprouvèrent les qualités funestes de ces
(i) Voyez la noie 12.
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l'I HISTOIRE DE L AMÉRIQUE.
régions incultes qu'ils traversaient , ou dans lesquelles ils tâchaient d'établir des colonies. Il en périt un grand nombre des maladies violentes et inconnues dont ils furent attaqués. Ceux qui échappèrent à la fureur meurtrière de cette contagion ne purent se dérober aux pernicieux effets du climat. On les vit 7 suivant la description des anciens historiens espagnols , revenir en Europe faibles , maigres , avec des regards languissants et un teint jaunâtre , signes non équivoques de la température malsaine des pays où ils avaient résidé \ Animaux. L'état inculte du Nouveau- Monde affectait nonseulement la température de l'air, mais les qualités même de ses productions. Le principe de la vie semblait y avoir moins de force et d'activité que dans Quadrupèdes, l'ancien continent. Malgré la vaste étendue de l'Amérique et la variété de ses climats , les différentes espèces d'animaux qui lui sont propres s'y trouvent proportionnellement en beaucoup plus petit nombre que dans l'autre hémisphère. On ne trouva dans les îles que quatre espèces de quadrupèdes connus, dont le plus grand n'excédait pas la grosseur d'un lapin. Il y avait une plus grande variété sur Le continent. Les individus de chaque espèce ne pouvaient pas manquer de s'y multiplier extrêmement,
(i) Gomara, Jlist. cap. 20, 22. Oviedo, Jlist. lih. II, cap. i3 ; lih. V, cap. 10. P. Martyr. Epist. 545, Dccail. pag. 176.