LIVRE QUATRIÈME. I
mains et sur les pieds ; et , pour mieux se cacher , ils se peignent la peau de couleur de feuilles mortes \ Lorsqu'ils sont assez heureux pour n'être pas découverts , ils mettent le feu aux cabanes de leurs ennemis dans le silence de la nuit, et massacrent les habitants qui s'échappent nus et désarmés pour ne pas devenir la proie des flammes. S'ils espèrent n'être pas poursuivis dans leur retraite, ils amènent avec eux quelques prisonniers , qu'ils destinent au sortie plus affreux. Mais si, malgré toutes leurs précautions et toute leur adresse , ils s'aperçoivent que leurs desseins et leurs mouvements sont découverts et que l'ennemi est préparé à leur résister , ils pensent ordinairement que le parti le plus sage est de se retirer. Attaquer un ennemi en plein champ lorsqu'il est sur ses gardes et avec des forces égales leur semble une extrême folie. Le succès le plus brillant paraît une défaite au chef, s'il l'a acheté par une perte considérable de ses compagnons 2 , et jamais il ne se glorifie d'une victoire souillée de leur sang 3. La mort même la plus honorable ne sauve pas la mémoire d'un guerrier du reproche d'imprudence et de témérité 4.
(0 Charlevoix, Hist. de la Nom. Fr. 111, 237, 2 38. Hennepin , Mœurs des sauvages, p. 5 g.
(2) Voyez la note 55.
(3) Charlevoix, Hist. de la Nouv. Fr. 111, 238 , 307. Biet, 38 1. Lnfitau, Mœurs des sauvages, 11, 848.
(4) Charlevoix, ///, 376. Voyez la noie 56.
Cette manière de faire la guerre était universelle en Amérique ; les petites nations sauvages répandues dans des pays et des elimats très divers montraient toutes plus de ruse que d'audace dans leurs entreprises militaires. Frappés de l'opposition de leurs principes à cet égard avec les idées et les maximes des nations européennes , quelques auteurs ont pensé qu'il fallait en chercher la source dans la faiblesse et la lâcheté qui semblent caractériser surtout les Américains et qui les rendent incapables de toute action noble et généreuse 7 ; mais si nous faisons réflexion que dans les occasions extraordinaires qui exigent de grands efforts, plusieurs de leurs tribus non-seulement se défendent avec opiniâtreté 7 mais qu'elles attaquent même l'ennemi avec le courage le plus audacieux 7 et qu'elles possèdent une force de caractère supérieure au sentiment du danger et à la crainte de la mort , nous devrons attribuer les précautions qu'elles prennent habituellement à quelque autre cause qu'à cette timidité qu'on prétend leur être naturelle2. Le nombre des hommes dans chaque tribu est si petit et les difficultés de l'accroitr e parmi les dangers et les peines de la vie sauvage sont si considérables, ci ne la vie d'un citoyen est extrêmement précieuse et sa conservation un objet
(r) Recherches philos, sur les Amène. /, i r5. Voyage de Des Dlarr.hais, IV, p. 4io.
(9.) Lafitau, Mœurs des uiwagis% II, 948, 949. Charfaoiit, lEsi. de
la Nou\'. France III, ■