LIVRE QUATRIÈME. I
prononcé', et il n'est aucun pouvoir qui puisse le sauver de la torture et de la mort.
Les prisonniers , quand leur sort est encore in- indifférence certain , vivent comme s'ils étaient absolument dfs Pnson"
. niers sur
étrangers à tout ce qui peut leur arriver. Ils parlent , ]eur sort. mangent, boivent et dorment comme s'ils jouissaient du sort le plus tranquille , et comme si aucun danger ne les menaçait. Ils entendent, sans changer de visage , l'arrêt fatal qu'on leur prononce, se préparent à le subir en hommes , et entonnent la chanson de mort. Les vainqueurs s'assemblent comme à une fête solennelle, résolus à mettre le courage des patients aux plus cruelles épreuves. C'est alors que l'on voit une scène dont la description doit glacer d'horreur tous ceux que les institutions douces ont accoutumés à respecter l'homme , et à s'attendrir a l'aspect de ses souffrances. Le prisonnier est lié à un poteau, mais de manière qu'il peut courir tout autour. Tous ceux qui sont présents , hommes, femmes , enfants , tous fondent sur lui comme des furies. On emploie contre ce malheureux toutes les espèces de tortures que peut inventer la fureur de la vengeance. Quelques-uns lui brûlent le corps avec des fers rouges ; d'autres le coupent en morceaux avec des couteaux ; d'autres séparent la chair des os , ou lui enfoncent des clous qu'ils tournent ensuite dans les nerfs. Ils s'efforcent, à l'envi les uns des autres, d'imaginer des raffine-
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ments de cruauté. Rien ne met des bornes à leur rage que la crainte d'abréger la durée de leur vengeance , en donnant la mort par l'excès des souffrances ; et telle est leur ingénieuse barbarie qu'ils évitent toujours de porter des coups dans les parties du corps où ils seraient mortels ; ils prolongent pendant plusieurs jours les tourments de leur victime. Cet infortuné, au milieu de toutes ses souffrances, ebante d'une voix ferme la ebanson de mort, célèbre ses propres exploits, insulte à ceux qui le tourmentent , en leur reproebant de ne savoir pas venger la mort de leurs parents et de leurs amis, les avertit de la vengeance qu'on tirera de la sienne , et excite enfin leur férocité par toutes sortes d'injures et de menaces. La force et le courage qu'il fait éclater dans cette situation terrible est le plus beau triomphe d'un guerrier. Fuir ou abréger ses tourments par une mort volontaire est une lâcheté qu'on punit par l'infamie. Celui qui laisse échapper quelque signe de faiblesse est mis a mort sur-lechamp par mépris, parce qu'on le juge indigne d'être traité comme un homme ' . Animés par ces idées et par ces sentiments, les Américains souffrent, même sans pousser un seul gémissement, des tourments que la nature humaine ne semblerait pas être capable de supporter. Ils paraissent non-seulement être insensibles à la douleur, mais la rechercher. . Do la Potherie, il, «37; III. 48.