‹ Histoire de l'Amérique (volume 3)Chapitre 76 sur 161 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

quelques écrivains l'ont imagina, ni les besoins importuns de la faim qui forçaient les Américains à se nourrir ainsi de leurs semblables. Dans aucun pays la chair humaine n'a été employée comme une nourriture ordinaire , et il n'y a que la crédulité et les méprises de quelques voyageurs qui aient pu faire croire que certains peuples en faisaient un des moyens ordinaires de leur subsistance. L'ardeur de la vengeance a d'abord porté des hommes à cette action barbare1-; mais les peuples les plus farouches ne mangeaient que les prisonniers qu'ils avaient faits à la guerre , ou ceux qu'ils regardaient comme ennemis \ Les femmes et les enfants, n'étant point pour eux des objets de haine, n'avaient rien à craindre des effets réfléchis de leur vengeance , lorsqu'ils! n'étaient pas massacrés dans la fureur d'une première incursion en pays ennemi3.

Les peuples de l'Amérique méridionale assouvissent leur vengeance d'une manière un peu différente, mais avec une férocité non moins implacable. Lorsqu'ils voient arriver leurs prisonniers , ils les traitent au premier abord aussi cruellement que les habitants de l'Amérique septentrionale traitent les leurs4; après

(1) Biet, 383. Blanco, Conversion de Piritu, p. 28. Bancroft, Nat. Hist. of Guiana, 2. 5g, etc.

(2) Voyez la note 60.

(3) Biet, 382. Bandini, Vita dl Jmerico, 84. Du Tertre, 4o5. Fermi n, Dcscr. de Surinam, /, 54.

(4) Stadius, ap. de Bry, III, 40, 12 3.

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ce premier mouvement de fureur, non-seulement on cesse de les insulter, mais on leur marque la plus grande bonté. Ils sont caressés et bien nourris, et on leur envoie même de belles et jeunes femmes pour les soigner et les consoler. Il n'est pas aisé d'expliquer cette singularité de leur conduite , à moins qu'on ne l'impute à un raffinement de cruauté; car tandis qu'ils paraissent occupés d'attacber davantage leurs prisonniers à la vie , en leur fournissant tout ce qui peut la rendre agréable , l'arrêt de leur mort est irrévocablement porté. A un certain jour déterminé, la tribu victorieuse s'assemble , le captif est amené en grande solennité ; il voit les préparatifs du sacrifice avec autant d'indifférence que s'il n'était pas lui - même la victime ; il attend son sort avec une fermeté inébranlable, et un seul coup lui fait perdre la vie. Au moment où il tombe , les femmes s'emparent de son corps et l'apprêtent pour le festin. Elles teignent leurs enfants de son sang , pour allumer dans leur ame une baine implacable contre leurs ennemis , et toute la tribu se réunit pour dévorer la ebair de la victime avec une avidité et des transports de joie inexprimables '. Ces peuples regardent le plaisir de manger le corps d'un ennemi massacré comme le plaisir le plus doux et le plus complet de la vengeance. Partout où cet usage est établi, les prisonniers ne peuvent point échapper à la mort ,

(i) Stadius, op. de Brr, III , rl8. Lery, ibid, •>. 10.

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