‹ Histoire de l'Amérique (volume 3)Chapitre 77 sur 161 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

mais ils ne sont pas toujours tourmentés avec la même barbarie que chez les peuples moins familiarisés avec ces horribles festins1.

Comme il n'y a point de guerrier américain dont la constance ne puisse être mise à ces rudes épreuves , le grand objet de l'éducation et de la discipline dans le Nouveau-Monde est d'y préparer les hommes de bonne heure. Chez les nations où l'on fait la guerre à force ouverte , où l'on défie ses ennemis au combat, où la victoire est le fruit de la supériorité des talents ou du courage , les soldats sont formés à être actifs, forts et audacieux.. Mais en Amérique, où l'esprit et les maximes de la guerre sont très différents, le courage passif est la vertu qu'on estime le plus. Aussi les Américains s'occupent-ils de bonne heure à acquérir une qualité qui leur apprendra à se comporter en hommes, lorsque leur fermeté sera mise à l'épreuve. Tandis que dans les autres pays les jeunes gens s'adonnent à des exercices qui demandent de la force et de l'activité, les jeunes Américains disputent entre eux à qui montrera la plus grande patience dans les souffrances. Ils endurcissent les organes de la sensibilité par ces épreuves volontaires , et s'accoutument par degrés à souffrir, sans se plaindre, les douleurs les plus aiguës. On voit un jeune garçon et une jeune fille entrelacer leurs bras nus, et placer

(1) Voyez la note 6 1 .

I yo HISTOIRK DE l'aMÉRIQUK.

un charbon allumé entre les deux bras, pour voir lequel montrera le premier assez d'impatience pour secouer le charbon l . Lorsqu'un jeune homme est admis à la classe des guerriers , ou lorsqu'un guerrier est élevé à la dignité de capitaine ou de chef. on les soumet à des épreuves toujours analogues à ce genre de fermeté. Ce ne sont pas des actes de valeur , mais de patience ; on ne leur demande pas de se montrer en état d'attaquer, mais capables de souffrir. Chez les nations qui habitent les bords de l'Orénoque, si un guerrier aspire au rang de capitaine, il est obligé de s'y préparer par un long jeûne, plus rigoureux que celui des plus dévots ermites. Les chefs s'assemblent ensuite ; chacun d'eux lui donne trois coups d'un gros fouet , si vigoureusement appliqués que tout son corps en est couvert de plaies; et s'il donne le moindre signe d'impatience ou même de sensibilité, ils est déshonoré et rejeté à jamais, comme indigne de l'honneur auquel il prétend. Après quelque intervalle , la constance du candidat est soumise à des épreuves plus cruelles encore. On le couche dans un hamac, les mains fortement attachées, et l'on jette sur lui une multitude innombrable de fourmis venimeuses , dont la morsure cause des douleurs très vives . et produit une 'violente inflammation. Les juges de son courage se tiennent debout autour du hamac. (i) Charlevoix, Hist. delà New. France , ///, 307.

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