‹ Histoire de l'Amérique (volume 3)Chapitre 79 sur 161 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

lorsque l'ame est occupée d'une grande multitude d'objets, ou distraite par la diversité de ses affections. Ainsi , lorsque tous les motifs qui peuvent agir avec force sur l'ame d'un sauvage se réunissent pour lui faire souffrir le malheur avec dignité, on le verra supporter des tourments qui paraissent au-dessus de toutes les forces humaines; mais dans toutes les occasions où le courage des Américains n'est pas excité par les idées qu'ils se sont faites de l'honneur , ils se montrent aussi sensibles à la douleur que les autres hommes l. D'ailleurs cette fermeté dans les souffrances, pour laquelle les Américains sont si justement célébrés , n'est pas une vertu générale parmi eux. On a vu la constance de plusieurs victimes succomber aux agonies de la torture ; leur faiblesse et leurs plaintes complètent alors le triomphe de leurs ennemis, et réfléchissent une idée de déshonneur sur leurs concitoyens \

Les hostilités continuelles qui subsistent parmi les tribus américaines produisent des effets très funestes. Comme ils n'ont pas assez d'industrie pour amasser, même dans le temps de paix, des provisions de subsistance au-delà du nécessaire, lorsque l'irruption d'un ennemi vient dévaster leurs terres

(i) Voyez la note 62.

(2) Charlevoix , Hht. de la Nom. Fr. III. , 2 48- 3 8 5. De la Potberie, III, 48.

cultivées, ou les troubler clans leur chasse, c'est une calamité qui réduit presque toujours à une extrême disette un peuple naturellement dépourvu de prévoyance et de ressources ; tous les habitants du district exposé à cette invasion sont forcés d'ordinaire à se réfugier dans les bois ou dans les montagnes, où ils ne trouvent que très peu de moyens de subsister, et où une grande partie périt. Malgré les précautions extrêmes avec lesquelles leurs opérations militaires sont dirigées, et le soin que prend chaque chef pour conserver la vie de ses compagnons, comme ils jouissent rarement de quelque intervalle de paix, la perte des hommes est très considérable parmi les Américains, eu égard au degré de population. La famine et la guerre se réunissent pour diminuer leur nombre. Toutes les tribus sont faibles, et plusieurs de celles qui étaient autrefois puissantes se sont épuisées par degrés , et ont à la fin disparu; il n'en reste aujourd'hui que le nom1.

Pour remédier à cet affaiblissement continuel, il y a des tribus qui cherchent à réparer leurs forces nationales en adoptant les prisonniers faits à la guerre, et qui par cet expédient préviennent leur extinction totale. Cet usage n'est cependant pas universellement établi. Le ressentiment agit en général avec plus de force sur les sauvages que lcsconside- (i)Charlevoix, Hist.de la Nou9.Fr.llI, aoa-4?g. GumiUt, II. **j.

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