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rations de politique. Presque tous leurs captifs étaient anciennement sacrifiés à la vengeance, et ce n'est que depuis que leur nombre a commencé à diminuer sensiblement qu'ils ont adopté des usages plus doux. Mais ceux qui se trouvent ainsi naturalisés renoncent pour jamais à leur patrie, et prennent si absolument les mœurs ainsi que les passions du peuple qui les adopte1, qu'ils se joignent souvent à ses guerriers dans des expéditions contre leurs concitoyens. Un changement si subit , et si contraire à un des sentiments les plus puissants que donne la nature , paraîtrait étrange chez beaucoup de peuples ; mais il est encore plus inexplicable dans ces peuplades où les animosités nationales sont si violentes et si profondément enracinées. Cela paraît cependant résulter naturellement des principes sur lesquels la guerre se fait en Vmérique. Chez les nations dont l'objet est d'exterminer leurs ennemis, l'échange des prisonniers ne peut pas avoir lieu. Du moment qu'un guerrier est pris à la guerre , sa tribu et ses parents le regardent comme mort \ Il s'est couvert d'une honte ineffaçable en se laissant surprendre par un ennemi, et, s'il revenait avec cette tache à son honneur, ses plus proches parents ne le recevraient pas, et même ne voudraient pas avouer qu'ils le
(i) Charlevoix, Hist. delà Nouv. Fr. III, a/f5. Lafilau, II, 3o8. (?) Voyez la note 63.
connaissent \ Il y avait même des tribus ou l'on était encore plus rigoureux. Lorsqu'un prisonnier revenait parmi les siens, ils croyaient devoir expier le déshonneur dont il avait couvert son pays en le mettant à mort sur-le-champ \ Le malheureux prisonnier se voyant donc proscrit de sa patrie, et les liens qui l'attachaient à elle étant irrévocablement brisés , il éprouve moins de répugnance à contracter de nouveaux engagemens avec des étrangers , qui non-seulement le délivrent d'une mort cruelle, mais lui offrent de l'admettre à tous les droits de concitoyen. La parfaite ressemblance des mœurs parmi les nations sauvages facilite et complète cette union, et rien n'empêche un prisonnier de transporter non-seulement ses services, mais même son affection , à la communauté dans le sein de laquelle il vient d'être reçu.
ils sont in- Quoique la guerre soit la principale occupation fénenrs dans jes hommes dans l'état sauvage, et qu'ils mettent
la guerre aux . . N 11 -i
nations poli- *eur P^us grande gloire a y exceller, ils y ont une cées. infériorité bien marquée toutes les fois qu'ils s'y
trouvent engagés avec des nations policées. Dépourvus de cette prévoyance qui sait prévenir les événements futurs et y pourvoir, ne connaissant ni l'union et la confiance mutuelle nécessaires pour former de vastes plans d'opérations, ni la subordi-
(1) Lahonlau, II, i85-i8f>.
(1) Herrera, Dccad. 111, Ub. IV, cap. i(>, p. 17$.
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nation non moins nécessaire pour en assurer l'exécution et le* succès, les peuples sauvages peuvent étonner par leur valeur un ennemi discipliné, mais rarement peuvent-ils s'en faire redouter par leur conduite; et toutes les fois que la guerre sera de longue durée , ils seront forcés de céder à la supériorité de l'art \ Les Péruviens et les Mexicains, quoique leurs progrès dans les arts de la civilisation fussent peu considérables , si on les compare aux peuples policés de l'Europe ou de l'Asie, avaient pris un tel ascendant sur les tribus sauvages dont ils étaient environnés, qu'ils en avaient soumis la plupart avec une grande facilité à leur domination. Lorsque les Européens allèrent assaillir les différentes provinces de l'Amérique, cette supériorité se fit sentir d'une manière encore plus frappante. Ni le courage ni le nombre des naturels ne put tenir contre les efforts d'une poignée d'ennemis disciplinés ; les querelles et les haines qui divisaient ces peuples sauvages les empêchaient de se réunir pour former un plan de défense commune , et chaque tribu combattant à part , il fut aisé de les subjuguer toutes.
YI. Si les arts des peuples grossiers, qui ne con- Arts des naissent point l'usage des métaux , méritent qu'on y fasse quelque attention , ce n'est qu'autant qu'ils servent à faire connaître le génie et les mœurs d'un
(1) Voyez la Dote 64.
Américains.
peuple. Le premier sentiment de peine qu'un sauvage peut éprouver doit naître de la manière dont son corps est affecté par la chaleur, le froid ou l'humidité du climat sous lequel il vit; son premier soin sera donc de chercher à se garantir contre cet Vêtements inconvénient. Dans les climats plus chauds et plus paui doux de l'Amérique, aucun des peuples sauvages
n'avait des habillements. La nature ne leur avait pas même appris qu'il pût y avoir quelque indécence à se montrer entièrement nu1. Comme sous un ciel doux on a peu besoin de se défendre contre les injures de l'air, et que leur extrême indolence leur faisait éviter toute espèce de travail qui n'était pas commandé par la nécessité , tous les habitants des îles et une grande partie de ceux du continent restaient dans cet état de nudité absolue. D'autres se contentaient d'un léger vêtement pour satisfaire uniquement à la décence. Mais , quoique nus, ils n'étaient pas sans quelque sorte d'ornements, et ils arrangeaient leurs cheveux de plusieurs manières différentes. Ils attachaient des morceaux d'or, des coquilles ou des pierres brillantes à leurs oreilles, à leur nez, à leurs joues3. Ils dessinaient sur leur peau une multitude de figures diverses; ils passaient beaucoup de temps et pre-
(1) Lery, Navigot. op. de fliy, III p. 164. Vie de Colomb, r/iap- XJi'If. Veno^as, Ilist. oj Cclijom. p. 70.
(a) Lery, op. de Biyt /II, if>5. Lettres et/if. 20, 223.