LIVRE QUATRIÈME. I
naient beaucoup de peine pour parer leurs personnes d'une manière bizarre. Mais la vanité, qui trouve des occasions sans nombre d'exercer l'invention et l'industrie dans les pays où la parure est devenue un art très compliqué , doit se trouver circonscrite dans un cercle très étroit et bornée à un très petit nombre d'objets cbez des sauvages nus; aussi ces peuples ne se contentent pas de ces simples ornements dont nous avons parlé ; ils ont un singulier penchant à changer les formes naturelles de leurs corps. Cette pratique était universelle chez les tribus les plus grossières de l'Amérique. Leurs opérations pour cet objet commencent à l'instant même où l'enfant est né. Quelques peuples , en lui comprimant les os du crâne encore mous et flexibles, lui aplatissent la couronne de la tête. Quelques-uns donnent à la tête la figure d'un cône, d'autres cherchent à lui faire prendre une forme carrée1. Ils mettent souvent en danger la vie de leurs enfants par ces efforts violents et absurdes , pour déranger le plan de la nature sous le vain prétexte de le perfectionner. Mais dans tous ces moyens que les Américains prenaient , soit pour orner leurs personnes ou pour changer leurs formes naturelles , ils semblent s'être moins proposé
(1) Oviedo, Hist. liù.III, cap. 5. Ulloa, I, 329. Voy. de Labat, II, 72. Charlevoix, III, 3o3. Gumilla, I, 197. Acugna, Relat. de la rivière des Amazones, 11, 83. Lawsou's Voy. te Çarolina, pag. 33.
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de plaire ou de s'embellir que de se donner un air plus imposant et plus redoutable. Leur goût de parure se rapportait plus à la guerre qu'à la galanterie. Il y avait entre les deux sexes une subordination si marquée , qu'elle éteignait jusqu'au désir de se paraître mutuellement aimables. L'bomme aurait cru au-dessous de lui de se parer pour plaire a celle qu'il était accoutumé à regarder comme son esclave. C'était lorsqu'un guerrier se proposait d'être admis au conseil de sa nation , ou d'entrer en campagne contre les ennemis , qu'il prenait ses plus beaux ornements, et qu'il parait sa personne avec le plus de recherche et de soin '. Le vêtement des femmes était très simple et peu varié ; tout ce qu'il y avait de précieux ou de brillant était réservé aux hommes. Dans plusieurs tribus les femmes étaient obligées de passer chaque jour une grande partie de leur temps à parer et à peindre leurs maris; il leur restait peu de loisir pour s'occuper de leur propre parure. Parmi une race d'hommes assez hautaine pour mépriser les femmes, ou assez insensible pour les dédaigner, elles devenaient naturellement paresseuses et négligentes , tandis que le goût de la parure, qu'on regarde comme leur passion favorite, était particulièrement réservé a
(i) Wafer's Fojr. p. 142. Lery, ap de Bry, 111, rfi;. Charlevoix,
/lis t. fie la Noue. Fr. 111, îiO-cxaa.