LIVRE QUATRIÈME. J
du soleil sous des arbres touffus , et la nuit ils se forment un couvert de branches et de feuilles '. Dans le temps des pluies ils se retirent sous des abris formés par la nature ou creusés de leurs propres mains 2. D'autres qui n'ont point de demeure fixe et qui errent dans les forêts à la recherche du gibier, se logent pour un temps dans des huttes qu'ils contruisent avec facilité, et qu'ils abandonnent sans peine. Les habitants de ces vastes plaines, inondées par le débordement des rivières dans les grosses pluies qui tombent périodiquement entre les tropiques , construisent des cabanes sur des bases élevées et fortement attachées au terrain, ou bien ils les placent au milieu des branches des arbres, et se garantissent par-là de la grande inondation dont ils sont environués 5. Tels ont été les premiers essais des peuples les plus sauvages de l'Amérique pour se former des habitations. Parmi ceux même qui étaient plus industrieux et dont la résidence était fixe, la structure des maisons était extrêmement simple et grossière: c'étaient de misérables huttes , d'une forme quelquefois oblongue et quelquefois circulaire , où ils ne cherchaient qu'un
(i) Voyez la note 67.
(2) Lettres édif. V, 273. Venegas, Hist. of Californ. /, 76. Lozano, Descr. del Gran C/iaco, p. 55. Gumilla, I, 383. Bancroft, Nat. Hist.of Guy an a, 277. Lettres édif . II, 176.
(3) Gumilla, I, 225. Heriv.ra, Decad. I, lib. IX, cup. 6. Oviedo , Sommar, p. 53 , C.
abri , sans s'embarrasser de l'élégance ni même de la commodité. Les portes en étaient si basses qu'on ne pouvait)' entrer qu'en se courbant jusqu'à terre, ou en rampant sur ses mains. Elles étaient sans fenêtres, et le toit était percé d'un grand trou par où sortait la fumée.
Il serait au-dessous de la dignité de l'histoire , ou même étranger à l'objet de mon travail, de suivre les voyageurs dans les autres détails minutieux de leurs relations. Un seul trait mérite d'être observé, parce qu'il est singulier, et qu'il jette du jour sur le caractère du peuple. Il y avait quelques maisons assez grandes pour y loger quatre-vingts ou cent personnes. Elles étaient bâties pour recevoir différentes familles qui habitaient ensemble sous le même toit ' , souvent autour du feu commun , sans aucune espèce de cloison ou de séparation entre les espaces qu'elles occupaient respectivement. Lorsque les hommes ont acquis des idées distinctes de propriété, ou qu'ils sont assez attachés à leurs femmes pour les observer avec inquiétude et avec jalousie, les familles commencent à se séparer et à s'établir dans des maisons particulières , où chacun puisse garder et défendre ce qu'il a intérêt de conserver. Cette forme singulière d'habitation chez les Américains peut donc être considérée non - seulement comme l'effet de la communauté des biens qui e\is-
(i) Voyez la note 08.