LIVRE QUATRIÈME
lait parmi différentes peuplades , mais encore comme une preuve de l'indifférence des hommes pour leurs femmes. S'ils n'avaient pas été accoutumés à une parfaite égalité , un tel arrangement n'aurait pas pu avoir lieu. S'ils avaient eu une sensibilité prompte à s'alarmer, ils n'auraient pas exposé la vertu de leurs femmes aux tentations et aux facilités qui naissent de ce mélange des différents sexes. On ne peut s'empêcher en même temps d'admirer la concorde qui règne dans ces habitations où des familles nombreuses sont ainsi entassées ; il n'y a que des hommes d'un caractère très doux ou d'un tempérament flegmatique qui, dans une semblable situation ? puissent éviter le tumulte , les animosités et la discorde l .
Après avoir pourvu à son vêtement et à son ha- Leurs armes. bitation, le sauvage doit sentir la nécessité de se faire des armes convenables pour attaquer ou repousser un ennemi ; c'est un objet qui a exercé de bonne heure l'industrie et l'invention des peuples les moins civilisés. Les premières armes offensives furent sans doute celles que le hasard présenta , et les premiers efforts de l'art pour les perfectionner durent être extrêmement simples et grossiers. Des massues faites de quelque bois pesant, des pieux
(t) Journal de Grillet et Béchamel dans la Guyane, p. 65. Lafitau , Mœurs, etc. II, 4. Torqucmada, Monarq. I, 247. Joutai, Journ. hist. 117. Levy,Hist. Brasil. ap, de Bry, III, 2 38. Lozano , Descr, del gran Chaco , 67.
durcis au feu , des lances dont la pointe est armée d'un caillou ou d'un os de quelque animal , sont des armes connues par les nations les plus grossières, mais qui ne pouvaient servir que dans des combats corps à corps. Les hommes ont cherché ensuite les moyens de faire du mal à leurs ennemis à une certaine distance : l'arc et les flèches sont les premières armes qu'ils aient imaginées pour cet objet ; cette espèce d'arme s'est trouvée chez des peuples qui sont encore dans l'enfance dé la société , et l'usage en est familier aux habitants de toutes les parties du globe. Il est cependant remarquable qu'il y ait eu en Amérique des tribus assez dépourvues d'industrie pour n'avoir pas encore fait une découverte si simple ', et qui paraissaient ne connaître l'usage d'aucune arme de trait. La fronde, dont la construction n'est pas plus compliquée que celle de l'arc et dont l'usage n'est pas moins ancien chez plusieurs nations, était peu connue des habitants de l'Amérique septentrionale2 ou des îles; mais elle paraît avoir été employée par quelques tribus dans le continent méridional3. Les naturels de quelques provinces du Chili et les Patagons qui habitent l'extrémité méridionale de l'Amérique, ont une arme qui leur est propre. Ils attachent des
(i) Piedrahita, Conq. d$l Nueifo Reyno, etc. IX, i?..
(i) Naufr. de Ah. Nun. Cabcça Je Vaca , cap. io,p. 12.
fi) Piedrahita, />. i<>- Voyez la note 69.