‹ Histoire de l'Amérique (volume 3)Chapitre 86 sur 161 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

pierres grosses environ comme le poing à chaque extrémité d'une courroie de cuir de huit pieds de long % et , après les avoir fait tourner autour de leurs têtes , ils les lancent avec une telle adresse qu'ils manquent rarement l'objet^auquel ils visent1.

Chez des peuples qui ne connaissaient guère d'au- Ustensiles tre occupation que la guerre ou la chasse , les prin- omes Iques' cipaux efforts de l'esprit et de l'industrie ont dû naturellement se diriger vers ces deux objets \ A l'égard de tous les autres , leurs besoins et leurs désirs étaient si bornés que leur invention n'avait pas de quoi s'exercer. Comme leur nourriture et leurs habitations étaient extrêmement simples , leurs ustensiles domestiques étaient très grossiers et en petit nombre. Quelques-unes des tribus méridionales avaient trouvé l'art de faire des vaisseaux de terre et de les cuire au soleil , de manière qu'ils pouvaient supporter le feu. Les habitants de l'Ame- Manière de rique septentrionale creusaient un morceau de bois dur en forme de marmite , et la remplissaient d'eau qu'ils faisaient bouillir en y jetant des pierres rougies au feu 3 : ils se servaient de ces vaisseaux pour apprêter une partie de leurs aliments. On peut regarder cette invention comme un pas vers le raf-

(1) Ovalle, Relat. of Chili, Churchill. Collect. III, 82. Falkner's. Descr. of Patag. p. i3o.

(2) Voyez la note 70.

(3) Charlevoix, But. de la Nouv. Fr. III, 332.

cuire les aliments.

nots.

l88 HISTOIRE DE L' AMERIQUE.

finement et le luxe ; car dans le premier état de société les hommes ne connaissaient d'autres moyens d'apprêter leurs aliments que celui de les faire griller sur le feu; et dans plusieurs peuplades américaines , c'est la seule espèce de cuisine qui soit Construc- encore connue1. Mais le chef-d'œuvre de l'art chez les sauvages du Nouveau-Monde , c'est la construction de leurs canots. Un Esquimaux , enfermé dans son bateau d'os de baleine , couvert de peaux de veaux marins, peut braver cet Océan orageux où la stérilité de son pays le force à chercher la principale partie de sa subsistance \ Les naturels du Canada se hasardent sur leurs rivières et sur leurs lacs dans des bateaux faits d'écorce d'arbre , et si légers que deux hommes peuvent les porter, lorsque des bas-fonds ou des cataractes arrêtent la navigation 3. C'est dans ces fragiles bâtiments qu'ils entreprennent et exécutent de longs voyages 4. Les habitants des îles et du continent méridional se font des canots en creusant avec beaucoup de peine le tronc d'un gros arbre, et quoique ces bâtiments paraissent lourds et mal construits , ils s'en servent avec tant de dextérité, que des Européens qui connaissent tous les progrès qu'a faits la science de la

(i) Voyez la note 7 1.

(2) Ellis, Voyagea la hait d'Hudton, [33.

(1) Voyez la noie 7a.

(\) Lafitaii, Meurs des 'sauvages , //, ai3

Page 1