‹ Histoire de l'Amérique (volume 3)Chapitre 87 sur 161 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

navigation ont été étonnés de la rapidité de leurs mouvements et de la célérité de leurs évolutions. Leurs pirogues ou bateaux de guerre sont assez grands pour contenir quarante ou cinquante personnes : les canots dont ils se servent pour la pêche et les petits voyages ont moins de capacité'. La forme, ainsi que les matériaux de ces différents bâtiments sont très bien adaptés au service pour lequel ils sont destinés; et plus on les examine avec soin , plus on admire le mécanisme et la convenance de leur construction.

Dans tous les efforts d'industrie que font les Ame- indolence ricains , il y a un trait frappant de leur caractère ?.vec a?uelIe

J L l us travaillent.

qui se marque d'une manière sensible. Ils commencent un travail sans ardeur , le continuent avec peu d'activité, et, comme les enfants, s'en laissent aisément distraire. Même dans les opérations qui paraissent les plus intéressantes , et où les plus puissants motifs demandent des efforts vigoureux, ils travaillent avec une mollesse et une langueur extrêmes. L'ouvrage avance sous leurs mains avec tant de lenteur , qu'un témoin oculaire le compare aux progrès imperceptibles de la végétation 2. Ils emploient quelquefois plusieurs années à faire an canot , de manière qu'il commence à pourrir de

( i ) Labat , Voyage , //, 9 1 , 1 3 1 . (■>) Gumilla , II , 297,

vieillesse avant d'être achevé. Ils laisseront périr une partie de toit avant de finir l'autre ', L'opération manuelle la plus facile consume un grand espace de temps; ce qui chez les nations policées demanderait à peine quelque effort d'industrie, est pour les sauvages une longue et pénible entreprise. Cette lenteur dans l'exécution»des travaux de toute espèce peut être attribuée à différentes causes. Pour des sauvages qui ne doivent point leur subsistance aux travaux d'une industrie régulière ? le temps est de si peu d'importance qu'ils n'y attachent aucun prix , et pourvu qu'ils puissent venir à bout de ce qu'ils ont entrepris , ils ne s'embarrassent jamais du temps qu'il leur en a coûté. Les outils qu'ils emploient sont si imparfaits , si peu commodes , que tous les ouvrages qu'ils entreprennent ne peuvent manquer d'être difficiles et ennuyeux. L'artiste le plus habile et le plus industrieux aurait bien de la peine à venir à bout du travail le plus simple , s'il n'avait pas de meilleurs outils qu'une hache de pierre, une coquille tranchante ou l'os de quelque animal : il n'y a que le temps qui puisse suppléer à ce défaut de moyens ; mais c'est le tempérament flegmatique et froid particulier aux Américains qui rend surtout leurs opérations si languissantes. Il est presque impossible de les tirer de cette indolence

(i)Bortlc, Rclat. des Caraïbes, />.

Page 1