LIVRE QUATRIÈME. ig
que l'homme fût capable d'observer exactement la relation qui se trouve entre la cause et l'effet, ou qu'il pût s'élever de la contemplation de l'un à la connaissance de l'autre, et se former des notions justes d'un Dieu, comme créateur et modérateur de l'univers. Partout où l'esprit a été étendu par la philosophie et éclairé par la révélation, l'idée de création est devenue si familière que nous ne réfléchissons guère combien cette idée est abstraite et profonde , et combien d'observations et de recherches il a fallu à l'homme pour arriver à la connaissance de ce principe élémentaire de la religion. Aussi a-t-on découvert en Amérique plusieurs tribus qui n'ont aucune idée d'un Etre-Suprême, ni aucune pratique de culte religieux. Indifférents à ce spectacle magnifique d'ordre et de beauté que le monde présente à leurs regards , ne songeant ni à réfléchir sur ce qu'ils sont eux-mêmes, ni à rechercher quel est l'auteur de leur existence, les hommes dans l'état sauvage consument leurs jours ainsi que les animaux qui vivent autour d'eux, sans reconnaître ni adorer aucune puissance supérieure. Ils n'ont dans leur langue aucun mot pour désigner la Divinité , et les observateurs les plus attentifs n'ont pu découvrir parmi eux aucune institution, aucun usage qui parût supposer qu'ils reconnussent l'autorité d'un Dieu, et qu'ils s'occupassent à mériter
Io/> HISTOIRE DE L'AMERIQUE.
ses faveurs1. Ce n'est cependant que dans l'état de nature le plus simple , et lorsque les facultés intellectuelles de l'homme sont trop faibles et trop bornées pour l'élever beaucoup au-dessus des animaux, qu'on observe cette ignorance absolue d'une puissance invisible. Mais l'esprit humain , naturellement formé pour la religion , s'ouvre bientôt à des idées qui, lorsqu'elles sont corrigées et épurées, sont destinées à être une grande source de consolation au milieu des calamités de la vie. On aperçoit des notions de quelques êtres invisibles et puissants dans les usages de plusieurs tribus américaines qui sont encore dans l'enfance de la société. Ces notions sont dans l'origine vagues et obscures, et paraissent plutôt provenir d'un sentiment de craiute pour des maux dont l'homme est menacé, que d'un sentiment de reconnaissance pour des bienfaits reçus. Tandis que la nature poursuit son cours avec une régularité constante et uniforme, l'homme jouit des biens qu'elle lui procure sans en rechercher la cause; mais
(i) Biet, 539. Lery, ap. de BryyHI, 221. Nicuboff, Churchill , Collect. II, 1 3 2 . Lcttr. édif. //, 177; ibid. 1 2 - 1 3 . Venegas, I, 87. Lozano , Descr. delgran Chaco, 5g. Fcruand. Mission, de Chiquit. Î9. Gumilla, II, i56. Roclicfort , Hist. des Antilles , p. 468. Margrave, Hist in Append. fie Chilien sihus , 286. Ulloa, Notic. Amêric. 335, etc. Barrere , 218-2*9. Harcoiirt, Voy. to Guyanct. Purchas, Pilgr. V, p. 1273. Accounts of flrasil, l>y a Porlugucse; ihid. p. 19.89. Jonos's Journal, p. 69. Voyez la note ~5.