‹ Histoire de l'Amérique (volume 3)Chapitre 91 sur 161 · LIVRE QUATRIEME. iç\n · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIEME. iç\n

tout écart de cette marche régulière le frappe et l'étonné. Lorsqu'il voit arriver des événemens auxquels il n'est point accoutumé, il en cherche les causes avec une curiosité active. Son entendement est incapable de les démêler; mais l'imagination, qui est une faculté de l'ame plus ardente et plus audacieuse , décide sans hésiter : elle attribue les événements extraordinaires de la nature à l'influence de quelques êtres invisibles, et suppose que le tonnerre, les tremblements de terre et les ouragans sont leur ouvrage. On a trouvé chez plusieurs nations grossières quelques idées confuses d'une puissance spirituelle ou invisible , dirigeant les fléaux naturels qui désolent la terre et épouvantent ses habitants *. Mais indépendamment de ces calamités , les peines et les dangers de la vie sauvage sont si multipliés, l'homme dans cet état se trouve souvent dans des situations si critiques, que son esprit est forcé par le sentiment de sa propre faiblesse de recourir à l'action d'une puissance et d'une intelligence supérieure aux forces humaines. Abattu par les calamités qui l'oppriment , exposé à des dangers qu'il ne peut repousser, le sauvage ne compte plus sur lui-même; il sent toute son impuissance et ne voit aucun moyen d'échapper à tant de maux que par l'interposition de quelque bras invisible. Ainsi l'on trouve que , chez toutes les nations ignorantes, les premières pratiques qui pré-

(t) Voyez la note 76.

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sentent quelques ressemblances avec des actes de religion n'ont pour objet que d'écarter des maux que l'homme peut souffrir ou redouter. Les Manitous ou Ockis des naturels de l'Amérique septentrionale étaient des espèces d'amulettes ou de charmes, auxquels ils attribuaient la vertu de prévenir tout événement fâcheux ; ou bien on les regardait comme des esprits tutélaires dont on pouvait implorer le secours dans des circonstances malheureuses'. Les habitants des îles admettaient des êtres qu'ils appelaient Cemis, et qu'ils regardaient comme les auteurs de tous les maux qui affligent l'espèce humaine; ils représentaient ces divinités terribles sous les formes les plus effrayantes, et ne leur rendaient un hommage religieux que dans la vue d'apaiser leur courroux \ Il y avait des tribus où les idées de religion étaient plus étendues; elles reconnaissaient des êtres bons qui se plaisaient à faire le bien, ainsi que des êtres méchants qui aimaient à faire le mal; mais chez ces peuples même la superstition paraît encore être le fruit de la crainte , et tous ses efforts avaient pour but de détourner des malheurs. Ils étaient persuadés que leurs divinités bienfaisantes étaient portées par leur nature même à faire tout le bien qui élail en leur pouvoir, sans avoir besoin de prières ni de reconnaissance ; ainsi leur unique soin élait de

(i)Charievoix, Hist. de la IVuuv. Fr. III, 34;>.(h-ou\ii, V/m/. C<ina<l. p. 8a.

(•j>.) Oviedo, lil>. III, cap. 1,2*. ni. P. Martyr. Dvcad. p. 102.

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