‹ Histoire de l'Amérique (volume 3)Chapitre 92 sur 161 · LIVRE QUATRIÈME. IQC · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME. IQC

chercher à conjurer et à fléchir la colère des puissances malfaisantes qu'ils regardaient comme ennemies de l'homme \

Telles étaient les notions imparfaites de la plupart des Américains, relativement à l'influence des agents invisibles, et tel était presque universellement le vil et grossier objet de leurs superstitions. Si nous pouvions remonter à la source des idées des autres nations jusqu'à ce premier état de société ou l'histoire commence de les offrir à nos regards , nous apercevrions une ressemblance frappante entre leurs opinions et leurs pratiques , et celles dont nous venons de parler : nous nous convaincrions aisément que dans des circonstances semblables l'esprit humain suit partout à peu près la même route dans ses progrès , et arrive presque aux mêmes résultats. Les impressions de la crainte se marquent d'une manière sensible dans tous les systèmes de superstition formés dans cet état de société, et les notions les plus exaltées des hommes se bornent à une idée obscure de certains êtres dont la puissance, quoique surnaturelle, est limitée dans ses objets comme dans ses moyens.

Chez d'autres peuples qui sont unis en société Diversités

depuis plus long-temps , ou qui ont fait plus de ^f?™ **

progrès dans la civilisation , on aperçoit quelque nions religieuses.

(i) Du Tertre, II, 365. Borde, p. 14. State of Virginia, by a nativ. book III, p. 3^, 33. Dumont, I, t65. Bancroft, Nat Hist. of Guyana, 3 09.

étincelle d'une conception plus juste de la puissance qui gouverne le monde. Ils semblent avoir vu qu'il doit exister quelque cause universelle à laquelle tous les êtres doivent leur existence ; et si nous pouvons en juger par quelques expressions de leur langage, ils paraissent reconnaître une puissance divine qui a fait le monde et qui dispose de tous les événements. Ils l'appellent le grand esprit .

Mais ces idées sont vagues et confuses, et lorsqu'ils essaient de les expliquer, il est évident qu'ils donnent au mot esprit un sens très différent de celui que nous y attachons , et qu'ils ne conçoivent aucun être, qui ne soit corporel. Us croient que leurs dieux ont une forme humaine , mais avec une nature supérieure à celle de l'homme; et ils débitent sur les qualités et les opérations de ces divinités des fables trop absurdes et trop incohérentes pour mériter une place dans l'histoire. Ces mêmes peuples ne connaissent aucune forme établie de culte public; ils n'ont ni temples érigés à l'honneur de leurs divinités, ni ministres spécialement consacrés à leur service. Les différentes cérémonies et pratiques superstitieuses reçues parmi eux leur ont été transmises par tradition, et ils y ont recours avec une crédulité puérile , lorsque des circonstances particulières , les tirant de leur apathie ordinaire, les portent à reconnaître la puissance et à im-

(t) Charievoix, Jlisi. delà Nouv. Fr. III, 343. Sagard, Vay.dupajs

des Unions , vv.G.

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