‹ Histoire de l'Amérique (volume 3)Chapitre 93 sur 161 · LIVRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIEME

plorer la protection de quelques êtres supérieurs :.

La tribu de Natchez et les naturels de Bogota Système des étaient beaucoup plus avancés dans leurs idées de atc cz* religion , ainsi que dans leurs institutions politiques, que les autres nations sauvages de l'Amérique ; et il n'est pas moins difficile de trouver la cause de cette distinction que de celle dont nous avons déjà parlé. Le soleil était le principal objet du culte chez les Natchez. Ils entretenaient dans leurs temples un feu perpétuel , comme l'emblème le plus pur de leur divinité ; ces temples étaient construits avec une grande magnificence et décorés de différents ornements ? autant que le comportait leur grossière architecture. Ils avaient des ministres chargés de veiller à l'entretien du feu sacré. La première fonction du grand chef de la nation était un acte de soumission au soleil tous les matins ; et à certains temps de l'année il y avait des fêtes établies , qui étaient célébrées par tout le peuple en grande cérémonie , mais sans répandre du sang \ Ces fêtes sont la pratique de superstition la plus raffinée qu'on ait trouvée en Amérique, et peutêtre une des plus naturelles et des plus séduisantes. Le soleil est la source apparente de la joie , de la fécondité et de la vie répandues sur toute la nature;

(i) Charlevoix, Hist. de la Nouv. France, III, 345. Coklen, I, 17.

(2) Dumoiit, I, i5S. Charlevoix, Hist. de la Nom>. Fr. III, /ji;, 429. ]' alitau , I, 167,

et tandis que l'esprit humain , dans ses premiers essais de spéculation , contemple et admire la puissance universelle et active de cet astre, il est naturel que son admiration s'arrête à ce qui est visible , sans pénétrer jusqu'à la cause qu'il ne voit pas , et qu'il rende à l'ouvrage le plus brillant et le plus bienfaisant de l'Etre-Suprême un culte qui n'est dû qu'à son auteur. Comme le feu est le plus pur et le plus actif de tous les éléments, et qu'il ressemble au soleil par quelques-unes de ses qualités ej de ses effets , ce n'est pas sans raison qu'il a été choisi pour emblème de l'action puissante de cet astre. Les anciens Perses, peuple bien supérieur à tous égards aux nations sauvages dont je rappelle les usages, fondèrent leur système religieux sur les mêmes principes , et établirent des formes de culte public , moins grossières et moins absurdes que celles des autres peuples qui avaient été privés du secours de la révélation. Cette étonnante conformité d'idées entre deux nations vivant dans deux états de société si différents, est une des circonstances les plus singulières et les plus inexplicables qui se rencontrentdans l'histoire des révolutionshumaines. A. Bogota, le soleil et la lune étaient également les principaux objets de la vénération publique. I ie système de religion y était plus régulier et plus complet, quoique moins pur que celui des iNalchez. Il y avait des temples, des autels, des prêtres, des

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sacrifices; et tout ce long cortège de cérémonies, que la superstition introduit partout où elle s'arroge un empire absolu sur l'esprit des hommes. Mais ce peuple avait des rites cruels et sanguinaires : il offrait à ses dieux des victimes humaines, et plusieurs de ses usages ressemblaient beaucoup aux institutions barbares des Mexicains, dont nous examinerons ailleurs plus en détail le génie et les mœurs '.

A l'égard de cet autre point de religion qui Leurs idées établit l'immortalité de l'ame , les sentiments des .... . „

hte de lame.

Américains étaient plus uniformes. L'esprit humain , lors même qu'il n'est encore ni éclairé ni fortifié par la culture , se révolte à la pensée d'une dissolution totale et se plaît à s'élancer par l'espérance dans un état d'existence future. Ce sentiment, produit dans l'homme par la conscience de sa propre dignité et par un instinct secret qui le porte vers l'immortalité, est universel et peut être regardé comme naturel à l'espèce humaine : il est la base des espérances les plus sublimes de l'homme dans l'état de société le plus parfait , et la nature n'a pas voulu le priver de cette douce consolation , même dans l'état de société le plus simple et le plus grossier. Nous trouverons cette opinion établie d'un bout de l'Amérique à l'autre , en certaines régions plus vague et plus obscure, en d'au-

(i) Piedrahita, Conq. dcl Nuevo Jiejno, p. 17. Herrera, Decad. VI, lib. V, cap. 6.

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très plus développée et plus parfaite , mais nulle part inconnue. Les sauvages les plus grossiers de ce continent ne redoutent point la mort comme l'extinction de l'existence : ils espèrent tous un état à venir où ils seront à jamais exempts des calamités qui empoisonnent la vie humaine dans sa condition actuelle. Ils se représentent une contrée délicieuse , favorisée d'un printemps éternel , où les forêts abondent en gibier et les rivières en poisson , où la famine ne se fait jamais sentir, et où ils jouiront sans travail et sans peine de tous les biens de la vie. Mais , en se formant ces premières idées si imparfaites d'un monde invisible, les hommes supposent qu'ils continueront d'éprouver les mêmes désirs et de suivre les mêmes occupations ; en conséquence, ils doivent naturellement réserver les distinctions et les avantages dans cet état futur aux qualités et aux talents qui sont ici -bas l'objet de leur estime. Ainsi les Américains accordaient le premier rang dans la terre des esprits au chasseur le plus habile , au guerrier le plus heureux et le plus hardi, a ceux qui avaient surpris et tué le plus d'ennemis , qui avaient tourmenté le plus grand nombre de captifs et dévoré leur chair '. Ces idées étaient si généralement répandues qu'elles ont donne'' naissance à leur coutume universelle ,

(i) Lery, ap.de Bry, 111, aaa. Charlevoix, llist. tir la Xom-. Fr. III, 3 St. T)o la Pot lui ic, 11, ',:•; III, •*>.

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