LIVRE QUATRIÈME. t
cles. Ils sont les seuls devins, augures et magiciens, qui possèdent l'art important et sacré de découvrir ce qui est caché aux yeux des autres hommes.
Chez ceux des peuples sauvages qui ne reconnaissent point de puissance qui gouverne le monde , qui n'ont ni prêtres ni cérémonies religieuses , la curiosité de lire dans l'avenir et de découvrir ce qui est inconnu tient à un principe différent, et tire sa force d'une autre association d'idées. Comme les maladies de l'homme dans l'état sauvage sont, ainsi que celles des animaux, en petit nombre, mais extrêmement violentes , l'impatience de la souffrance et le désir de trouver la santé lui inspirent aisément un respect extraordinaire pour ceux qui se vantent de connaître la nature de ces maladies, ou d'en prévenir les effets funestes. Mais ces charlatans d'Amérique étaient tellement ignorants sur la structure du corps humain, qu'ils n'avaient aucune idée ni des dérangements qui pouvaient y survenir, ni de la manière dont ils se terminaient. L'enthousiasme , réuni souvent à la ruse, suppléait à la science. Ils attribuaient l'origine des maladies à une influence surnaturelle , et prescrivaient ou exécutaient eux-mêmes différentes cérémonies mystérieuses auxquelles on supposait la vertu de les guérir. La crédulité et l'amour du merveilleux, si naturelle à des hommes ignorants, favorisaient l'imposture et les disposaient h en être aisément dupes. Les premiers médecins des
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sauvages sont des espèces de magiciens qui se vantent de connaître le passé et de prédire l'avenir. Les enchantements , la sorcellerie , et diverses cérémonies aussi vaines que bizarres , sont les moyens qu'ils emploient pour chasser les causes imaginaires du mal ', et pleins de confiance sur l'efficacité de ces moyens, ils prédisent hardiment quel sera le destin de leurs malades. Ainsi la superstition dans sa forme primitive eut pour principe l'impatience naturelle à l'homme de se délivrer d'un mal présent , et non la crainte des maux qui l'attendaient dans une vie future; elle fut originairement entée sur la médecine, non sur la religion. Un des premiers et des plus sages historiens de l'Amérique fut frappé de cette alliance entre l'art de la divination et celui de la médecine chez les habitants de l'Ile Espagnole \ Mais cela n'était pas particulier à ces peuples. Il ^ avait dans toutes les parties de l'Amérique des devins et des enchanteurs qui s'appelaient les Alexis, les Piajas , les Autmoins , etc., suivant les différents endroits, et qui étaient les médecins de leurs tribus respectives, comme les Buhitos l'étaient à l'Espagnole. Comme leurs fonctions les mettaient à#portée d'observer l'esprit humain affaibli par la maladie, et que dans cet état d'abattement l'homme est naturellement disposé à s'alarmer de craintes
(i) P. Melch. Hernandez, Mcmor, de Chiriqui, Collet/. Orig.pap, i (2) Oviedo, ///'. /', cap, \