LIVRE QUATRIÈME
l'on n'v voit aucun mouvement, aucun geste qui exprime des idées de volupté ou qui encourage la familiarité \
L'amour excessif du jeu, et particulièrement des Amour du jeux de hasard, qui semble être naturel à tous les hommes qui ne sont pas accoutumés aux occupations d'une industrie régulière, est universel chez les Américains. Les mêmes causes qui, dans la société civilisée , portent les hommes qui ont de la fortune et du loisir à rechercher cet amusement, en font les délices des sauvages. Les premiers sont dispensés du travail ; ceux-ci n'en sentent pas la nécessité, et, comme ils sont également oisifs, ils se livrent avec transport à tout ce qui peut émouvoir et agiter leur ame. Ainsi les Américains , qui pour l'ordinaire sont si indifférents , si flegmatiques , si taciturnes et si désintéressés , deviennent , dès qu'ils sont engagés à une partie de jeu, avides, impatients, bruyants et d'une ardeur presque frénétique. Ils jouent leurs fourrures, leurs ustensiles domestiques , leurs vêtements , leurs , armes ; et , lorsque tout est perdu , on les voit souvent , dans l'égarement du désespoir ou de l'espérance , risquer d'un seul coup leur liberté personnelle, malgré leur passion extrême pour l'indépendance 2. Chez différentes peuplades ces parties de jeu se renou-
(i) Barrère, Franc, équin. p. 191.
(2) Charlevoix, Hist. de la Nom>. France, III, 261, 3 18. Lafitau , II, 368. Ribas, Triunf. i3. Brickell, 335.
2l6 HISTOIRE DE l' AMERIQUE.
vellent souvent et deviennent l'amusement le plus intéressant clans toutes les occasions des fêtes publiques. La superstition , toujours prête à tourner à son profit les passions qui ont le plus d'influence et d'énergie , concourt souvent à confirmer et à fortifier cette disposition des sauvages. Leurs magiciens sont accoutumés à prescrire une grande partie de jeu , comme un des moyens les plus efficaces d'apaiser leurs divinités ou de rendre la santé aux malades '.
Goût des li- Des causes semblables à celles qui inspirent aux queurs oites. Africains l'amour du jeu les portent aussi à l'ivrognerie. Il semble qu'un des premiers efforts de l'industrie humaine ait été de découvrir quelque boisson enivrante ; et l'on n'a guère trouvé de nation , quelque grossière et dépourvue d'invention qu'elle fût , qui n'ait réussi dans cette fatale recherche. Les plus barbares des tribus américaines ont été assez malheureuses pour faire cette découverte; celles même qui sont trop ignorantes pour connaître le. moyen de donner aux liqueurs par la fermentation une force enivrante obtiennent le même effet par d'autres moyens. Les habitants des îles , ceux de la Californie et du nord de l'Amérique , employaient pour cet objet la fumée du tabac , qu'ils faisaient passer avec un certain instrument dans les narines, et dont les vapeurs, en
(t) Charlovoiv, Hîst. delà Ffouv. France, fil, a6a,