LIVRE SECOND
d'humanité avec lesquelles il avait jusqu'alors traité 1^95 les malheureux Indiens '.
Le travail, l'attention et la prévoyance qu'impo- Effets fu; sait aux Indiens l'obligation de payer ce tribut, labiissemcilt étaient des maux intolérables pour des hommes ac- de la taxe, coutumes à passer leurs jours dans l'indolence , sans aucun soin de l'avenir. Ils étaient incapables d'une industrie si régulière et si continue; et cette servitude leur parut si cruelle que pour secouer ce joug ils eurent recours à un expédient qui montre tout l'excès de leur désespoir. Ils conçurent le projet d'affamer ces oppresseurs qu'ils n'osaient plus combattre, et , d'après l'opinion qu'ils avaient de la voracité des Espagnols, ils ne doutèrent pas du succès. Ils suspendirent toute culture. Ils ne semèrent point de maïs. Ils arrachèrent toutes les racines de manioc qui étaient plantées , et , se retirant dans les parties les plus inaccessibles de leurs montagnes, ils abandonnèrent la plaine inculte à leurs ennemis. Cette résolution désespérée ne produisit qu'une partie de l'effet qu'ils en attendaient. Les Espagnols furent réduits aux dernières extrémités ; mais ils recurent si à propos des secours d'Europe et trouvèrent tant de ressources dans leur industrie et leur intelligence qu'ils ne perdirent pas beaucoup d'hommes. Les malheureux Indiens furent les victimes de leur mauvaise politique. Confinés dans des montagnes stériles, sans
(t) Herrera, Decad. I , lib. //, cap. 17.
M95 autre nourriture que les productions spontanées de la terre ? ils sentirent bientôt toutes, les horreurs de la famine , qui fut suivie de maladies contagieuses ; et dans le cours de quelques mois , plus du tiers des insulaires périt ? après avoir éprouvé tous les genres de calamités '.
intrigues Tandis que Colomb jetait ainsi les fondements contre o- j j grandeur espagnole dans le nouveau-monde,
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cour d'Espa- ses ennemis travaillaient sans relâche à le priver Sne- de la gloire et des récompenses auxquelles ses ser-
vices et ses travaux lui donnaient tant de droits. Les difficultés qui accompagnent toujours un nouvel établissement , les maladies causées par un climat malsain, les malheurs attachés à un voyage dans des mers inconnues , tout fut représenté comme les effets de son ambition imprudente et inquiète. Son attention à maintenir la discipline et la subordination fut appelée rigueur excessive ; et les châtiments dont il avait puni la mutinerie et le désordre furent regardés comme autant d'actes de cruauté. Ces accusations prirent tant de crédit dans une cour ombrageuse , qu'on nomma un commissaire chargé d'aller à XEspagnola, et d'y examiner la conduite de Colomb. Ses ennemis obtinrent que l'on confierait cet emploi important à Aguado, valet de chambre
(1) Herrera, Decad. I, lib. XI, cap. 18. Vie de Colomb, chàp. 61. Ovicdo, lib. III, />. 9'}. D. Benzon, hist. Novi orbrs, lib. I, caj>. 9. P. Martyr, Decad. p. 48.