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jour pour chaque personne. Mais , dans cette extrême i Mo détresse , l'amiral conserva l'humanité .de son caractère , et refusa de céder aux pressantes sollicitations de son équipage, qui proposait de manger les Indiens qu'ils avaient à bord , ou de les jeter à la mer pour diminuer le nombre des bouches. Il leur représenta que ces pauvres gens étaient des hommes 9 réduits par une calamité commune à la même condition qu'eux et ayant droit à partager le même sort. Son autorité et ses remontrances écartèrent ces idées féroces ? suggérées par le désespoir , et elles n'eurent pas le temps de renaître ; car on vit bientôt la cote d'Espagne ', et toutes les craintes et toutes les Juin, souffrances disparurent2.
Colomb parut à la cour avec la confiance tran- Sa réception
quille , mais modeste , d'un homme qui se regarde a a €0ur s" * * ° pagne.
non-seulement comme irréprochable ? mais encore comme ayant rendu d'importants services. Ferdinand et Isabelle ? honteux de leur facilité à écouter des accusations frivoles ou mal fondées , le recurent avec des marques de considération si distinguées , que ses ennemis demeurèrent couverts de confusion ; leurs plaintes et leurs calomnies ne furent plus écoutées. L'or? les perles , le coton et d'autres marchandises précieuses que Colomb produisit , pa-
(i) Christophe Colomb arriva à Cadix de retour de son second voyage le ii juin 1496. (D. L. R.)
(2) Hcrrera, Decacl. I, l\b. ///, cap. 1 Vie de Colomb, chap. 64.
mm rurent réfuter pleinement les propos que les mécontents avaient tenus sur la pauvreté du pays. En soumettant les Indiens à la couronne et en leur imposant une taxe régulière , il avait donné à l'Espagne une multitude de nouveaux sujets, et fondé pour elle un revenu qui paraissait devoir être considérable. Les mines qu'il avait trouvées étaient une autre source de richesse encore plus abondante. Quelque grands et quelque inespérés que fussent ces avantages, Colomb les représentait seulementcommc le prélude d'autres acquisitions, et comme un garant de découvertes plus importantes qu'il méditait, et auxquelles les précédentes devaient infailliblement le conduire ', On fait un Ces considérations , attentivement méditées, firent plan plus re- une granc[e impression non-seulement sur Isabelle,
gulier pour D *
l'établisse- qui était flattée d'être la protectrice de toutes les ment d'une entreprises de Colomb , mais sur Ferdinand même , qui, ayant rejeté d'abord ses projets, était plus disposé à se défier de leur succès. L'un et l'autre se déterminèrent à pourvoir la colonie àeY Espagnola de tout ce qui était nécessaire pour en achever l'établissement, et à donner à Colomb une nouvelle escadre pour aller à la recherche des autres pays dont il regardait l'existence comme incontestable. Tous les préparatifs furent faits de concert avec l'amiral. Le premier voyage n'avait eu pour objet
(1) Vie de Colomb, ckap. 65. Herrera, Decad, f, lih. 11L cap. 1.
colonie.
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que la découverte du nouveau-monde; dans le se- 4¥jg cond, on s'était proposé de faire un établissement; mais les mesures prises pour le former avaient été insuffisantes ou rendues inutiles par l'esprit de mutinerie des Espagnols et par des accidents imprévus, effets de différentes causes. On voulait dresser et suivre un nouveau plan pour une colonie régulière , qui put servir de modèle à tous les établissements semblables qui se feraient dans la suite. Chaque article fut pesé et réglé avec une attention scrupuleuse. On fixa le nombre des colons qui s'embarqueraient. 11 y en avait de tous les ordres et de toutes les professions, et le nombre en était déterminé d'après l'utilité de chaque classe et les besoins de la colonie. On devait aussi emmener des femmes. On s'était convaincu que dans un pays où la disette de vivres avait causé tant de désastres , le premier soin devait être d'obtenir des subsistances par la culture ; on y faisait passer un grand nombre de cultivateurs. Enfin, comme les Espagnols ne pensaient pas alors à tirer aucun profit de la multiplication et de la vente de ces productions du nouveau-monde qui ont depuis été pour l'Europe la source de tant de richesses, et comme toutes leurs vues et toutes leurs espérances se portaient sur les métaux précieux que les mines déjà découvertes devaient leur fournir, on envoyait une troupe d'ouvriers habiles dans l'art d'exploiter et de traiter les mines. Tous ces émigrants devaient
\ km recevoir du roi leur paye et leur subsistance pendant quelques années \ Défaut dans Jusque là ces dispositions étaient sages et convel) nables à l'objet qu'on avait en vue; mais on pré-
voyait qu'il serait bien difficile de trouver beaucoup d'Espagnols qui voulussent aller s'établir dans un pays dont le climat avait été funeste à un si grand nombre de leurs compatriotes. Colomb proposa de transporter à l'Espagnola et de faire travailler aux mines les malfaiteurs que l'on condamnait aux galères, ou même à la mort, lorsque les crimes dont ils étaient convaincus n'étaient pas d'une nature atroce. Cet avis, ouvert sans beaucoup de réflexion, fut adopté de même. On vida les prisons d'Espagne pour peupler la colonie , et les juges furent autorisés à condamner désormais en certains cas à la déportation. Il était pourtant aisé de voir que ce n'est pas sur une pareille base qu'on peut élever l'édifice d'une société durable. L'industrie, la sobriété, la patience , la confiance mutuelle entre les colons , sont d'une nécessité indispensable dans un établissement naissant, où la pureté des mœurs doit contribuer au maintien de l'ordre beaucoup plus que la force et l'autorité des lois. Cette corruption une fois introduite dans le corps politique ne pouvait manquer de l'infecter bientôt dans toute sa masse , et de produire les plus grands maux. C'est ce que (i) Herrera, Decad. I, lib. III, cap. 2.