‹ Histoire de l'Amérique (volume 4)Chapitre 106 sur 174 · LIVRE SECOND. I · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND. I

les Espagnols éprouvèrent et ce qu'ont éprouvé aussi 4 496 les autres nations européennes qui, ayant successivement adopté cette pratique , en ont ressenti de funestes effets l, qu'elles ne peuvent attribuer à aucune autre cause 2.

Quoique Colomb eût obtenu très promptement L'armement et sans peine de Ferdinand et d'Isabelle leur appro- coi]l de re bation pour toutes les parties du plan qu'il avait tardements. proposé, lorsqu'il fallut le mettre à exécution il éprouva des difficultés qui auraient lassé la patience d'un homme moins accoutumé que lui à rencontrer des obstacles et à les surmonter. Ces délais furent en partie l'effet de cette lenteur et de ces formes fastidieuses que les Espagnols portent dans toutes les affaires, et en partie de l'épuisement où se trouvaient les finances par les dépenses excessives qu'avaient occasionnées le mariage du fils unique de Ferdinand et d'Isabelle , avec Marguerite d'Autriche, et celui de Jeanne, leur seconde fille, avec l'archiduc Philippe3; mais ce fut surtout l'ouvrage des artifices et de la méchanceté des ennemis de Colomb. Etonnés de l'accueil qu'il avait reçu de ses

(i) Les Anglais ont prouvé plus tard à Botany-Bay qu'on peut fonder une colonie et la rendre florissante avec des éléments aussi impurs que ceux qui furent employés à l'Espanola. (D. L. R.)

(a)Herrera, Decad. I, lib. III, cap. i. Touron, Hist. gêner, de l'Amer. I , p. 5i.

(3) P. Mart. Epist. 168.

i. ia

4^96 souverains à son retour et contenus par sa présence, ils laissèrent passer le flot de la faveur, contre lequel ils sentaient qu'il leur était impossible de lutter. Mais leur haine était trop profonde pour demeurer dans l'inaction ; ils reprirent bientôt courage, et, aidés du secours de Fonseca, ministre des affaires de l'Inde , qui venait d'être fait évêque de Badajos, ils traversèrent par tant d'obstacles les préparatifs de Colomb , qu'il s'écoula une année entière avant qu'il pût avoir deux vaisseaux pour porter à sa colonie une partie des secours qu'on lui destinait * , et presque deux ans avant que la petite escadre dont il devait prendre le commandement fût en état de mettre en mer \

4 H98 L'armement consistait seulement en six vaisseaux Troisième d'un port médiocre et assez mal pourvus pour un lomb! voyage s^ l°ng et si dangereux. Colomb allait prendre

une route différente de toutes celles qu'il avait jusqu'alors suivies. Comme il était persuadé que les riches contrées de l'Inde étaient situées au sud-ouest des pays qu'il avait découverts, il se proposait, pour y arriver , de faire voile des Canaries ou des îles du cap Vert directement au sud, jusqu'à ce qu'il fût arrivé sous la ligne, et alors de tourner à l'ouest, espérant de trouver dans cette route le secours des vents qui soufflent invariablement entre les tropi-

(1) Vie de Colomb, chap. 65.

(2) Herrera, Drcad. I, Ub. III, cap. 9.

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