LIVRE SECOND
ques. Plein de cette idée 1 , il mit à la voile3 et tou- 4H9S cha d'abord aux Canaries , d'où il dépêcha trois de ses navires pour porter de nouveaux secours à l'Espagnola. Il gagna ensuite les îles du cap Vert, et continua sa route au sud avec les trois autres. Il ne se 4 juillet, passa rien de remarquable jusqu'à ce qu'il fût ar- 19 juillet rivé à cinq degrés de la ligne. Là il fut arrêté par un calme ; il éprouva en même temps une si excessive chaleur, que les tonneaux de vin éclataient ou laissaient écouler la liqueur, et que les provisions se gâtaient K Les Espagnols, qui ne s'étaient jamais avancés si loin au sud , craignaient que les vaisseaux ne prissent feu, et commençaient à croire ce que pensaient de la zone torride les anciens , qui la regardaient comme inhabitable. Des pluies vinrent à propos pour les rassurer un peu , mais sans diminuer beaucoup la violence de la chaleur, quoiqu'elles fussent si abondantes et si continuelles qu'ils pouvaient à peine se tenir sur le pont.
L'amiral, qui avait dirigé toutes les manœuvres du voyage avec sa vigilance ordinaire , se trouva si épuisé par la fatigue et le défaut de sommeil , qu'il fut saisi d'un violent accès de goutte , accompagné de fièvre. Toutes ces circonstances le forcèrent de céder aux instances de ses gens, et de changer sa
(1) « Et pour éviter les corsaires français » , ajoute Mufioz. (D. L. R.)
(2) De San Lucar. (D. L. R. )
(3) P. Martyr. Decad., />. 70.
i8o HISTOIRE de l'amérique.
ikes route pour porter au nord-ouest et toucher à quelqu'une des îles Caraïbes , où il pourrait se réparer et prendre quelques provisions, il découvre Le premier août1 ? le matelot de garde sur la hune le continent c exc[ta dans l'équipage une surprise agréable en criant
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terre! On gouverna de ce coté ? et l'on découvrit une île considérable que l'amiral appela île de la Trinité , nom qu'elle conserve encore aujourd'hui. Elle est située sur la cote de la Guiane, près de l'embouchure de l'Orénoque. Cette rivière , quoique du troisième ou quatrième ordre pour la grandeur parmi celles du Nouveau -Monde, surpasse de beaucoup toutes celles de notre hémisphère. Elle porte à l'Océan une masse d'eau si énorme, et coule avec tant d'impétuosité, que, lorsqu'elle rencontre la marée qui, sur cette cote , monte à une très grande hauteur, il s'opère un choc qui élève et agite les flots d'une manière surprenante et terrible. La rapidité du fleuve le fait triompher dans ce combat, et on le voit porter ses eaux à plusieurs lieues dans l'Océan sans les y mêler9. Avant d'avoir pu connaître le danger, Colomb se trouva entre ce terrible courant et les vagues agitées; il n'échappa qu'avec beaucoup de difficulté par un détroit qui lui parut si dangereux, qu'il
(i) Ce fut le mardi 3i juillet qu'un marin d'Huelva, nommé Alonso Perez , au service de l'amiral , aperçut le premier la terre. Voyez la relation du troisième voyage de Christophe Colomb dans la Collection des voyages et découvertes des Espagnols, etc. (D. L. R.)
(■?.) Gumilla , Histoire de l'Orénoque, ton/. /, p. i\.