‹ Histoire de l'Amérique (volume 4)Chapitre 108 sur 174 · LIVRE SECOND. l8l · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND. l8l

l'appela la Bouche du Dragon. Lorsque te danger fut passé, il vit clans l'objet même qui l'avait si fort effrayé des motifs d'espérance et de consolation. Il conjectura avec beaucoup de justesse qu'une si grande rivière ne pouvait pas être fournie par une île, et qu'elle devait couler au travers d'un très grand continent, et il ne douta pas que ce ne fût celui qu'il cherchait depuis si long-temps. Plein de cette idée, il navigua à l'ouest, le long de la cote des provinces qui sont aujourd'hui connues sous les noms de Paria et de Cumana. Il prit terre en différents endroits , et eut quelque commerce avec les habitants, dont les traits et les mœurs lui parurent ressembler à ceux des Indiens de l'Espagnola. Ils portaient des ornements d'or en petites plaques , et des perles très belles , qu'ils échangèrent volontiers pour de petites merceries d'Europe. Ils semblaient avoir plus d'intelligence et de courage que les habitants des îles. On y voyait des quadrupèdes de différentes espèces, et une grande variété d'oiseaux et de fruits \ L'amiral fut si frappé de la beauté et de la fertilité du pays, que, plein de cet enthousiasme qui est si ordinaire à ceux qui font des découvertes , il s'imagina que c'était là le paradis terrestre de l'Écriture , que Dieu avait donné à l'homme pour y habiter tant que son innocence le rendrait digne d'un si beau séjour2. C'est ainsi que

(i) Hcrrera, Decad. I, lib. III, cap. 9,10,11. Fié de Colomb, chap. 66-7 3 . (2) Herrera, Decad. /, fib. III, cap. 22. Gomara, chap. 84. Voyez la note 26.

l8l HISTOIRE DE L'AMÉRIQUE.

1^98 Colomb eut la gloire non-seulement de faire connaître au genre humain l'existence d'un nouveau monde, mais d'étendre beaucoup cette découverte et de conduire le premier les Espagnols au vaste continent qui est devenu la plus considérable partie de leur empire et la principale source de leurs richesses. Le mauvais état de ses vaisseaux , le manque de vivres , ses infirmités et l'impatience de ses gens ne lui permirent pas de pousser plus loin sa découverte. Il ne put se dispenser de regagner l'Espa- 3o août, gnola. En son chemin il découvrit les îles de Cabagua et de Margarita, devenues considérables par la pêche des perles. En arrivant à l'Espagnola, il était épuisé de fatigue et de maladies ; mais les affaires de la colonie étaient dans une situation qui lui ôtait la faculté de jouir du repos dont il avait un si grand besoin.

Etat de l'Es- Pendant son absence ce pays avait éprouvé beauoagno a a son cou je r évolutions. Son frère l'Adelentade, en conséquence des conseils que lui avait donnés Colomb avant son départ ? avait transporté la colonie d'Isabelle dans un lieu plus commode, de l'autre coté de l'île. Il avait jeté les fondements de Santo-Domingo', qui a été long -temps la ville la plus considérable que les Européens eussent dans le Nouveau-Monde , et le siège de tous les tribunaux suprêmes de la cour d'Espagne en Amérique. Dès que les Espagnols

(i) P. Martyr. Dccad., p. 56.

arrivée.

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