‹ Histoire de l'Amérique (volume 4)Chapitre 109 sur 174 · LIVRE SECOND. I · texte numérisé non relu

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y furent établis , l'Adelentade , pour les empêcher de 4*198 languir dans l'inaction et leur ôter le loisir de former de nouvelles cabales , parcourut les parties de l'île que son frère n'avait pas encore visitées ou assujéties. Les Indiens , hors d'état de faire aucune résistance , se soumirent partout aux tributs qui leur furent imposés ; mais ils trouvèrent bientôt le joug si insupportable, que, tout redoutables qu'étaient pour eux les Espagnols f ils prirent les armes contre leurs oppresseurs.

Cette révolte n'était pourtant pas fort à craindre Révolte de de la part de ces pauvres Indiens timides, nus etRoldandésarmés. Mais pendant que l'Adelentade s'occupait à les combattre , il en éclata une autre plus dangereuse parmi les Espagnols eux-mêmes. François Roldan en était le chef; cet homme que Colomb avait placé dans un poste qui le constituait gardien de l'ordre et de la tranquillité publique. Un caractère turbulent et une ambition aveugle le portèrent à cette démarche indigne de son rang, et les motifs qu'il en donnait à ses compatriotes étaient frivoles et sans fondement. Il accusait Colomb et ses deux frères d'arrogance et de sévérité. Ils avaient pour but, disait-il , de se faire dans le pays un état indépendant de la cour d'Espagne; ils avaient fait périr une partie des Espagnols de faim et de fatigue, afin de pouvoir plus aisément réduire le reste à la soumission ; enfin, il était honteux pour des Castillans de de-

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\ 498 meurer esclaves soumis et dociles de trois aventuriers génois. Les hommes ont tant de penchant à imputer les maux qu'ils souffrent à la mauvaise conduite de ceux qui les gouvernent, et une nation voit toujours avec tant de jalousie et de mécontentement l'élévation d'un étranger, que les insinuations de Roldan firent une impression profonde sur ses compatriotes, en même temps que son rang et la considération dont il jouissait y ajoutaient beaucoup de poids. Un grand nombre d'Espagnols le reconnurent pour chef, et, prenant les armes contre l'Adelentade et son frère, ils se saisirent du magasin de vivres appartenant au roi, et tentèrent de surprendre le fort de Santo- Domingo. La vigilance et le courage de D. Diego Colomb firent échouer leur projet. Les mutins furent obligés de se retirer dans la province de Xaragua, et non-seulement ils continuèrent de méconnaître l'autorité de l'Adelentade, mais ils excitèrent encore les Indiens eux - mêmes à secouer le

joug1-

Tel était le malheureux état de la colonie lorsque Colomb arriva à Santo-Domingo. Il fut bien surpris d'apprendre que les trois vaisseaux qu'il avait envoyés des Canaries n'y avaient pas encore paru. Par la maladresse du pilote et la force des courants , ils avaient été emportés à cent soixante

Ci) H errera, Dccad. /, lib. 111, cap. 5, 8. Vie de Çoloml>, chap. 7."», 77. Gomara, cfiap. 23. Pet. Martyr., p. 78.

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milles à l'ouest de Santo-Domingo, et forcés de se 4^98 jeter dans un havre de la province de Xaragua où Roldan et les séditieux étaient cantonnés. Roldan cacha soigneusement aux commandants des navires son insurrection contre Y Adelentade ; et , employant toute son adresse pour gagner leur confiance, il leur persuada de débarquer un nombre considérable des nouveaux colons qu'ils amenaient et qui se rendraient, disait-il , à Santo-Domingo par terre. Il n'eut pas besoin de beaucoup de raisonnements pour déterminer ces gens-là à épouser sa querelle. C'étaient des scélérats, le rebut des prisons d'Espagne , accoutumés à vivre dans l'oisiveté et la licence, et à qui les actes de violence étaient familiers. Ils adoptèrent aisément un genre de vie fort semblable à celui qu'ils venaient de quitter. Les commandants des navires, s'apercevant trop tard de l'imprudence qu'ils avaient commise en laissant débarquer tant de monde , firent voile pour Santo-Domingo , et arrivèrent dans le port peu de jours après l'amiral. Mais le fonds de provisions qu'ils avaient été chargés de porter était tellement diminué par la longueur du voyage , que ce qui en restait ne pouvait être pour la colonie que d'un faible secours ' .

Le renfort d'hommes qui s'était associé à la ré- Apaisée par volte de Roldan le rendit plus formidable et nonlaPrudencede

r Colomb.

moins insolent dans ses prétentions. Colomb , quoi-

(i) Herrera, Decad. I, lib. ///, cap. 12. Vie de Colomb, ckap. 78, 79.

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1498 que pénétré de son ingratitude et indigné de l'audace des mécontents, ne voulut pas se presser d'en venir aux mains. Il tremblait à la seule pensée d'allumer une guerre civile dont le succès, quel qu'il fût, en affaiblissant les deux partis, encouragerait leurs ennemis communs à s'unir pour achever de les détruire. Il s'apercevait aussi que les préventions et les passions qui avaient fait prendre les armes aux rebelles avaient tellement infecté les Espagnols qui lui demeuraient fidèles , que plusieurs d'entre eux blâmeraient des mesures violentes, et que tous ne s'y prêteraient qu'avec une grande froideur. Ces considérations d'intérêt public et le danger de sa situation le déterminèrent à négocier plutôt qu'à combattre. Il commença par annoncer une amnistie pour tous ceux qui rentreraient dans leur devoir, et il ramena en effet par là quelques mécontents. Il offrit de renvoyer en Espagne tous ceux qui demanderaient d'y retourner ; ce qui convenait à ceux que la maladie ou d'autres raisons avaient dégoûtés du séjour du Nouveau-Monde. Il adoucit l'orgueil de Roldan en lui promettant de lui rendre son emploi, et satisfit l'avidité de tous en leur accordant la plus grande partie de leurs demandes. Ainsi, par degrés et sans répandre une goutte de sang, il parvint à rompre cette association dangereuse qui menaçait la colonie d'une ruine entière, et à rétablir au moins les apparences de

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