LIVRE SECOND. I
tenait en Portugal, où elle s'était d'abord montrée, 4H99 et elle y devenait plus active. Les succès de Colomb et les réflexions des Portugais sur la faute qu'ils avaient commise en rej étant les offres de cet étran ger, après avoir excité leurs regrets ? leur inspirèrent la noble émulation de le surpasser dans cette carrière et un désir ardent de dédommager leur patrie de la perte qu'elle avait faite par leur imprudence. Dans cette vue, Emmanuel, qui avait hérité du génie entreprenant de ses prédécesseurs, reprit le grand projet qu'ils avaient eu d'ouvrir une route aux Indes orientales parle cap de Bonne-Espérance. A peine fut-il monté sur le trône, qu'il fît équiper une escadre pour cet important voyage. Il en donna le commandement à Vasco de Gama l , homme de naissance, que sa vertu , sa prudence et son courage rendaient digne de la confiance qu'on lui témoignait. Son escadre, comme toutes celles qu'on armait pour des expéditions de découvertes , dans ce siècle où la navigation était encore dans l'enfance, était très faible , et consistait seulement en trois vaisseaux qui n'étaient ni d'un port ni d'une force proportionnés au service qu'on en attendait. Les Européens n'avaient encore alors aucune connaissance des vents alises et des moussons régulières qui, tant dans
(1) Vasco de Gama, comte de Vidigeira, né à Sines dans la province d'Alcmtejo, en Portugal, mourut à Cochin, dans l'Inde, le 2 5 décembre i5&4. (D.L.R.)
♦498 l'océan Atlantique que dans la mer qui sépare l'Afrique des Indes orientales, rendent la navigation en certains temps de l'année facile , et en d'autres non-seulement difficile , mais presque impossible : aussi le temps que Gama avait choisi pour son départ était le plus défavorable qu'on pût prendre dans toute l'année. Il mit à la voile du port de Lisbonne le 9 juillet i497? et Portant au sud, il eut à combattre pendant quatre mois les vents contraires, avant de pouvoir gagner le cap de Bonne-Espérance. La leur violence s'étant un peu abattue, Gama profita d'un intervalle de beau temps pour doubler ce terrible promontoire (20 novembre 1497) ^l11* avait été si long -temps la borne de la navigation des Européens , et tourna ensuite au nord-est le long de la cote d'Afrique. Il toucha à différents ports; et, après plusieurs aventures que les historiens rapportent en donnant de justes éloges à sa prudence et à son intrépidité, il jeta l'ancre devant la ville de Melinde. Dans ces grands pays qui , le long des cotes de l'Afrique , s'étendent depuis la rivière du Sénégal jusqu'aux confins du Zanguebar, les Portugais avaient trouvé une race d'hommes barbares, sans arts, sans connaissances, sans commerce , et différant des Européens autant par leurs traits et leur couleur que par leurs mœurs et leurs gouvernements; mais à mesure qu'ils avançaient, ils virent avec une satisfaction extrême la figure des hommes changer in-