LIVRE SECOND. JCjI
sensiblement et s'embellir, et les traits asiatiques 4^09 dominer davantage; ils aperçurent des marques de civilisation , et même quelque connaissance des lettres ; ils trouvèrent la religion mahométane professée et un commerce assez considérable tout établi. Gama rencontra au port de Melinde plusieurs vaisseaux indiens. Il poursuivit alors son voyage ? presque sûr du succès , et , sous la conduite d'un pilote mahométan, il arriva à Calicut, sur la cote de Malabar, le 11 mai i49<3 *. La richesse, la population, la culture, l'industrie et les arts de ce pays extrêmement civilisé , étaient beaucoup au-dessus de l'idée qu'il s'en était formée d'après les relations imparfaites qu'on en avait en Europe. Mais comme il n'avait avec lui ni les forces nécessaires pour y fonder un établissement, ni les marchandises avec lesquelles il eût pu commencer quelque commerce, il se hâta de retourner en Portugal et d'y aller annoncer le succès du voyage le plus long et le plus difficile qui eût jamais été fait depuis l'invention de l'art de la navigation. Il débarqua à Lisbonne le i4 septembre i499? deux ans deux mois et cinq jours après son départ de ce port \
(1) J. Barros , da Asia D. I , liv. IV; et H. L. de Castaneda, Hist. de l'Inde, font arriver Gama à Calicut le 20 mai 1498. Il fut de retour à Lisbonne au mois de septembre 1499 suiv. Castaneda; le 29 août de la même année suivant Barros, et le 29 juillet précédent si l'on s'en rapporte à J. C. P da Sousa. Bibl. hist. de Portugal, etc. (D. L. R.)
(2) Ramusio, vol. /, pag. 119. D.
lCp HISTOIRE DE L AMÉRIQUE.
1499 On voit que dans le cours du quinzième siècle le genre humain fit plus de progrès dans la connaissance du globe, qu'il n'en avait fait dans tous les siècles antérieurs. L'esprit de découverte, faible d'abord, commença à se mouvoir dans une sphère très resserrée, et sa marche fut incertaine et timide. Encouragé par le succès , il hasarda davantage et fît de plus grands pas. Par ses progrès mêmes il acquit plus de vigueur et s'avança enfin vers son but avec une rapidité et une assurance qui le mirent en état de franchir les limites que l'ignorance et la crainte avaient jusqu'alors opposées à l'activité de l'homme. Les Portugais avaient consumé près de cinquante ans à se traîner le long de la cote d'Afrique , depuis le cap Non jusqu'au cap Vert , sur l'espace de douze degrés seulement au sud du premier de ces points. En moins de trente ans, après avoir passé la ligne et pénétré dans un autre hémisphère , ils s'étaient avancés à quarante-neuf degrés du cap Vert. Enfin, dans les sept dernières années du siècle , on avait découvert à l'ouest un nouveau monde aussi étendu que toute la partie de la terre alors connue. A l'est, on avait traversé des mers , abordé à des régions ignorées et ouvert entre l'Europe et les opulentes régions de l'Inde une communication long - temps désirée et jusque là dérobée à l'impatience des Européens. Des événements si merveilleux et si inattendus éclipsaient tout ce qui s'était fait jusqu'alors