‹ Histoire de l'Amérique (volume 4)Chapitre 113 sur 174 · LIVRE SECOND. Ity'Ô · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND. Ity'Ô

de plus hardi et de plus éclatant. De plus grands ^" objets s'offraient à l'esprit humain , qui, anime par ce nouvel intérêt, s'y porta avec chaleur et exerça toute son activité dans cette nouvelle direction.

Cette ardeur pour les entreprises, quoique plus Découvertes récente en Espagne, commença bientôt à y devenir en sPaSne

1 ° ' ° J par des aven-

plus générale. Toutes les tentatives faites par cette turiers partination avaient été jusqu'alors conduites par Colomb culiersseul et aux frais du souverain. Des armateurs particuliers, séduits par les descriptions magnifiques X, des pays que l'amiral venait de visiter et par l'étalage des richesses qu'il en avait apportées , offrirent d'équiper à leurs frais et à leurs risques des bâtiments pour aller aussi à la découverte de nouvelles contrées. La cour d'Espagne voyait ses modiques ressources épuisées par ses premières expéditions qui, en laissant espérer de grands avantages pour l'avenir, n'en avaient encore rapporté que de très médiocres. Le souverain n'était pas fâché de rejeter désormais sur ses sujets la dépense de pareilles entreprises. Il saisit avec empressement une occasion de tourner à l'avantage de la nation l'avidité, l'industrie et les efforts des hommes à projets qui voudraient prendre sur eux - mêmes tous les risques. Une des premières offres de cette espèce fut celle ojeda fait la d'Alonzo d'Ojeda. C'était un officier brave et actif, Première <*qui avait accompagné Colomb dans son second voyage. Son rang et sa bonne réputation lui proi. i3

1JI99 curèrent assez de crédit parmi les négociants de Séville pour équiper quatre vaisseaux, dans l'espérance qu'il obtiendrait l'agrément du roi pour le voyage. La protection puissante de l'évéque de Badajoz lui assurait un heureux succès dans une demande d'ailleurs si agréable à la cour. Sans consulter Colomb et sans avoir aucun égard aux droits et à l'autorité qu'on lui avait donnés par la capitulation de i492j onpermitàOjeda de naviguer auNouveau- Monde ; et , pour le diriger dans sa course , l'évéque lui communiqua le journal du dernier voyage de l'amiral, et les cartes des pays qu'il avait découverts. Ojeda n'entra dans aucune route nouvelle l , et, suivant servilement celle que Colomb avait tenue , il arriva sur la cote de Paria. Il fit quelque commerce avec les naturels , et portant ensuite à l'ouest , il alla jusqu'au cap Vêla , et reconnut une grande étendue de cotes au - delà de celles que venait de visiter Colomb. Après avoir ainsi constaté la vérité de l'opinion de l'amiral qui avait regardé ces pays comme faisant partie d'un continent , il retourna en Espagne par TEspagnola, remportant quelque gloire de sa découverte , mais avec un médiocre bé-

(i) Il était parti d'Espagne le ao mai 1499 , suivant quelques historiens espagnols, et le 10 mai r497> si l'on s'en rapporte à l'abbé Bandini dans sa Vie d 'Amène Vespuce, 1 vol. in-4. 17 4^.

Suivant M. Martin Fernandez de Navarrete, Collection des voyages cl découvertes des Espagnols, Alonzo de Ojeda arriva à l'île Espagnola le 5 septembre 1498. (D. L. R.)

néfice pour ceux qui avaient placé leurs fonds dans 4U99 cette expédition '.

Améric Vespuce , gentilhomme florentin , accom- il est suivi pagnait Ojeda dans ce voyage. On ignore en quelle ^ J^enc qualité; mais comme il étaithabile marin et versé dans toutes les sciences subsidiaires à la navigation, il acquit tant d'autorité parmi ses compagnons, qu'ils lui abandonnèrent la direction principale de toutes les manœuvres et opérations du voyage. Peu de temps après son retour il communiqua la relation de ses aventures et des découvertes qu'il venait de faire à un de ses compatriotes; et, pressé par la vanité commune aux voyageurs de se donner de la célébrité, il eut l'impudence de s'y montrer comme ayant découvert le premier le continent du Nouveau-Monde. Le voyage d' Améric était écrit non-seulement avec adresse , mais avec élégance. Au récit amusant des faits il avait joint des observations judicieuses sur les productions naturelles, les mœurs et les habitants de ces contrées inconnues. Comme c'était la première description du Nouveau-Monde qu'on rendît publique , un ouvrage si propre à satisfaire la passion des hommes pour le nouveau et le merveilleux dut se répandre avec rapidité et se faire lire avec admiration. Peu à peu on s'accoutuma à appeler ce pays Qui donne du nom de celui qu'on supposait l'avoir découvert. Le caprice des hommes, souvent aussi inexplicable Mond

(i) Herrera, Decad.I, lib.IV, cap. r, 2, 3,

son nom au Nouveaue.

1C)6 HISTOIRE DE l'aMÉRIQUK.

14 09 qu'injuste, a perpétue cette erreur. Toutes les nations paraissent être convenues de donner le nom d'Amérique à cette nouvelle partie du globe. La prétention hardie d'un heureux imposteur a dérobé à l'auteur de cette grande découverte la gloire qui lui appartenait. Le nom d'Améric a supplanté celui de Colomb, et le genre humain doitregretter que cette injustice ait reçu la sanction du temps , et ne puisse plus être réparée l .

Voyage d'A- La même année , il se fit un autre voyage pour lonzo Nigno. tenter aussi des découvertes. Non-seulement Colomb avait introduit le goût des entreprises de ce genre parmi les Espagnols; mais les premiers aventuriers qui se distinguèrent dans cette carrière avaient été formés sous lui, et devaient à ses leçons les connaissances et l'habileté qui les mettaient en état de suivre ses traces. Alonzo Nigno , qui avait servi sous l'amiral dans sa dernière expédition, se joignit à Christophe Guerra, marchand de Séville, pour équiper un seul vaisseau , avec lequel il se rendit à la cote de Paria. Ce voyage semble avoir eu plutôt pour but un commerce lucratif qu'un intérêt général et important pour la nation. Nigno et Guerra ne firent aucune découverte intéressante , mais ils rapportèrent en Europe une assez grande quantité d'or et de perles pour exciter dans leurs compatriotes le désir de tenter des entreprises semblables2.

(i) Voyez la note 27.

(2) P. Martyr. Decad.p. 87. Herrera , Dccad. I, Ub. IV, cap, 5.

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