‹ Histoire de l'Amérique (volume 4)Chapitre 115 sur 174 · LIVRE SECOND. I · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND. I

ainsi des progrès dans la connaissance de cette vaste 4 500 portion du globe où Colomb avait porté leurs pas, con*re lui-même, loin de jouir des honneurs et de la tranquillité que méritaient de si grands services, avait à combatre tous les obstacles et à dévorer tous les dégoûts que pouvaient lui susciter l'envie et la malveil" lance des gens qui étaient sous ses ordres, et l'ingratitude de la cour qu'il servait. L'accommodement conclu avec Roldan avait à la vérité désuni et affaibli les mutins , mais sans extirper de l'île les semences de discorde. Plusieurs des mécontents demeuraient armés, et refusaient de se soumettre à l'amiral. Ses frères et lui-même étaient obligés de tenir alternativement la campagne, soit pour arrêter leurs incursions , soit pour punir leurs violences. Une occupation et des inquiétudes si continuelles l'empêchaient de mettre assez d'attention à se défendre des intrigues que ses ennemis tramaient contre lui à la cour. Un grand nombre de ceux qui étaient mécontents de son administration avaient profité, pour retourner en Espagne, des vaisseaux qu'il avait dépêchés de Santo-Domingo. La ruine de toutes les espérances de ces malheureux aventuriers avait porté au plus haut degré leur rage contre Colomb. Leur misère et leur infortune , en excitant la compassion , rendaient leurs plaintes intéressantes et leurs accusations croyables. Ils excédaient sans relâche Ferdinand et Isabelle de mémoires contenant le détail

\ 500 de leurs malheurs et des injustices de Colomb. Toutes les fois que le roi ou la reine paraissaient en public , ils les environnaient en tumulte et renouvelaient leurs importunités pour le paiement des arrérages qui leur étaient dus, et pour la punition de l'auteur de leurs maux. Ils insultaient les fils de l'amiral partout où ils les rencontraient, leur reprochant la fatale curiosité d'un père visionnaire qui avait conduit la nation dans des régions malheureuses , devenues un gouffre où allaient s'engloutir les richesses de l'Espagne j et un tombeau ouvert pour ses peuples. Cette guerre déclarée contre Colomb était secondée par les insinuations secrètes et plus dangereuses des courtisans qui avaient contrarié ses projets, et qui enviaient ses succès et son crédit1.

Succès de Ferdinand recevait volontiers ces accusations et ses ennemis }çS écoutait avec une grande prévention contre celui

a^anVÎidl <Iui en ëtait 1,ODJeL Malgré les peintures flatteuses sabelle. que Colomb avait faites des richesses de l'Amérique ^

les retours avaient été jusqu'alors si modiques, qu'il s'en fallait de beaucoup qu'ils eussent dédommagé des frais des arméniens. La gloire de la découverte du Nouveau-Monde et la perspective éloignée des avantages de commerce étaient tout ce que l'Espagne avait retiré de ses efforts. Mais le temps avait déjà affaibli les premiers sentiments de satisfaction et de joie que la découverte avait causés, et la gloire toute

(i) Vie de Colomb, ctiàp. 85.

Page 1