‹ Histoire de l'Amérique (volume 4)Chapitre 116 sur 174 · LIVRE SECOJND. 2GI · texte numérisé non relu

LIVRE SECOJND. 2GI

seule n'était pas un objet qui pût satisfaire l'ame 4 500 froide et intéressée de Ferdinand. On entendait si mal alors la nature du commerce , que l'espérance d'un bénéfice éloigné , ou même qui ne serait pas sur-le-champ très considérable, ne paraissait mériter aucune attention. Ferdinand regardait l'entreprise de Colomb comme ruineuse pour l'Espagne, et s'en prenait à la mauvaise conduite et à l'incapacité de l'amiral , de ce qu'un pays abondant en or n'avait pas encore enrichi ses conquérants. Isabelle même, qui, d'après la bonne opinion qu'elle avait de Colomb, l'avait constamment protégé, fut à la fin ébranlée par le nombre et la violence de ses accusateurs, et commença à croire qu'une haine si générale devait être l'effet de griefs véritables qui demandaient à être redressés; soupçons que l'évêque de Badajoz fortifiait et confirmait avec l'animosité qu'il avait toujours montrée.

La reine n'eut pas plus tôt cédé au torrent de la Effets funescalomnie, qu'on prit une résolution fatale à Colomb. te^ de. s

1 calomnies .

François de Bovadilla, chevalier de Calatrava , fut nommé pour aller à l'Espagnola. Muni de pleins pouvoirs pour rechercher la conduite de Colomb, il était autorisé à le déplacer et à prendre lui-même le gouvernement de l'île, s'il trouvait les accusations bien fondées. Il était impossible à l'accusé d'éviter la condamnation, lorsqu'on donnait au même homme et le droit de le juger et un intérêt à le trou-

1500 ver coupable. Quoique Colomb eût alors apaisé toutes les dissensions dans l'île; quoiqu'il eût amené les Espagnols et les Indiens à se soumettre à son autorité; quoiqu'il eût pris des mesures sages pour faire exploiter les mines et cultiver le pays, ce qui assurait pour l'avenir un revenu considérable au roi , ainsi que de grands avantages aux colons, Bovadilla , sans aucun égard pour le genre et la grandeur de ces services, montra, en mettant le pied à l'Espagnola , une résolution déterminée de le traiter en criminel. Il prit possession de la maison de l'amiral, qui se trouvait alors absent, saisit tous ses effets , comme si Colomb eût été déjà convaincu, se rendit maître par force du fort et des magasins du roi , se fît reconnaître en qualité de gouverneur général , mit en liberté tous les prisonniers détenus par les ordres de l'amiral, et le cita lui-même à son tribunal pour répondre de sa conduite, en lui envoyant en même temps la copie d'un ordre du roi, q'iii enjoignait à Colomb de lui obéir '. Colomb en- Colomb , quoique profondément affecté de l'invoyé en Espa- gratitude et de l'injustice de Ferdinand et d'Isabelle, . e! ers n'hésita pas un moment sur le parti qu'il avait à

aux pieds. r ri

(x) «La conduite du commandeur Francisco de Bovadilla, et l'abus « qu'il fit de son autorité, ne peuvent s'imputer en aucune manière ni au « roi , ni à la reine catholique , ni à leur gouvernement , ni à la nation « espagnole», dit M. de Navarrete dans son introduction à la Collection des -voyages et découvertes des Espagnols, etc., § 62. Les nouvelles opposées el contradictoires que ces souverains recevaient sur l'origine et

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