‹ Histoire de l'Amérique (volume 4)Chapitre 119 sur 174 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

Colomb fut vivement frappé de ce nouveau coup 4 501 qui lui était porté par des mains qui semblaient s'employer à guérir ses anciennes blessures. Les grandes âmes sont aisément offensées des soupçons qu'on jette sur leur droiture , et s'irritent de tout ce qui a l'apparence du mépris. L'amiral éprouvait ces deux genres d'insulte de la part des Espagnols , et la bassesse de leur conduite à son égard l'aigrit à un tel point , qu'il ne put pas cacher davantage son ressentiment. Partout où il allait il portait avec lui , comme un monument de leur ingratitude , les fers dont il avait été chargé ; il les tenait toujours suspendus dans sa chambre , et il voulut qu'à sa mort on les ensevelît avec lui dans son cercueil \

Le zèle des découvertes ne s'éteignait cepen- Progrès dos

di , lv v ''. . , , . découvertes.

ant pas, maigre 1 indigne traitement qu éprouvait

l'homme qui le premier l'avait excité parmi les Espagnols. Roderigo de Bastidas, homme de qualité, équipa deux vaisseaux en société avec Jean de la Cosa , qui , ayant servi sous Colomb dans deux de ses voyages, avait la réputation d'être le meilleur pilote d'Espagne. Ils firent voile directement vers le continent , arrivèrent à la cote de Paria , et se dirigeant à l'ouest, ils découvrirent toute la cote de la province aujourd'hui connue sous le nom de Terre ferme ( Tierra jirma) 7 depuis le cap Yela

(i) Vie de Colomb , chap. 86 , p. $']'].

i 50 1 jusqu'au golfe de Darien. Peu de temps après , Ojeda , avec son premier associé, Améric Vespuce , entreprit un second voyage , et , ignorant la marche de Bastidas, suivit la même route et toucha aux mêmes endroits. Le voyage de Bastidas eut un heureux succès; celui d'Ojeda fut malheureux; mais l'un et l'autre accrurent encore l'ardeur pour les découvertes , parce qu'à mesure que les Espagnols acquéraient une connaissance plus étendue de l'Amérique , ils prenaient des idées plus favorables de ses richesses et de sa fertilité \ Ovando est Ces aventuriers n'étaient pas encore revenus de ait gouver- jeurs VOyaores qu'on équipa une flotte aux frais du

neur de l'Es- J b > 1 *1 r

panoia. r°i ? pour porter Ovando à l'Espagnola en qualité de gouverneur. Sa présence était absolument nécessaire pour arrêter Bovadilla dans ses entreprises et empêcher la ruine entière dont son imprudente administration menaçait la colonie. Il ne pouvait se dissimuler à lui-même la violence et l'injustice de ses procédés à l'égard de Colomb; et, pour prévenir les suites qu'il en devait craindre , il faisait son unique objet de se concilier les colons en favorisant toutes leurs passions. Dans cette vue, il avait établi des règlements de police diamétralement contraires à ceux que Colomb avait regardés comme essentiels à la prospérité de la colonie. Au lieu de maintenir une discipline sévère , nécessaire pour

(i) Herrera, Decad. 1, lié. IF, cap. ri.

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