‹ Histoire de l'Amérique (volume 4)Chapitre 120 sur 174 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

accoutumer des hommes sans principes et sans 4501 mœurs à connaître la subordination et l'autorité des lois l il leur permettait de se livrer sans contrôle à une telle licence , qu'elle les encourageait aux plus grands excès. Loin de protéger les Indiens , il avait autorisé par les lois mêmes l'oppression de ce malheureux peuple. Il avait fait faire un dénombrement exact de ceux qui avaient échappé à la misère et à la tyrannie ; il les avait classés et donnés en propriété aux colons qui lui étaient attachés; de sorte que tous les indigènes étaient réduits à un état complet de servitude. L'avidité des Espagnols était trop impatiente pour essayer d'autre moyen d'acquérir des richesses que celui d'aller à la recherche de l'or. Ce travail devint pour les Indiens aussi excessif que cruel. On les conduisait par troupes aux montagnes ) et on les forçait de fouiller la mine en leur imposant des tâches réglées sans discrétion et sans humanité. Un travail si peu proportionné à leurs forces , et un genre de vie si différent de celui qu'ils avaient mené jusqu'alors 9 détruisaient à vue d'oeil cette race d'hommes faibles ; de manière que bientôt il ne serait pas resté trace des anciens habitants de l'île1.

La nécessité d'apporter un prompt remède à ces Nouveaux ré*

maux hâta le départ d'Ovando. Il avait le comman- ,s emfn ? pom 1 la colonie.

(r) Herrera, Decad. I, lib. IV, cap. n, etc. Oviedo, Hist. lib. III, cap. 6, p. 97. Benson, Hist. lib. I, cap. 12 , p. 5i.

1601 dément de l'armement le plus considérable qu'on eût encore fait pour le Nouveau-Monde. Il consistait en trente - deux vaisseaux , à bord desquels étaient embarquées deux mille cinq cents personnes, avec le projet de s'établir dans le pays. A l'arrivée du nouveau gouverneur avec un si puissant renfort pour la colonie, Bovadilla eut ordre de remettre son emploi et de retourner immédiatement en Espagne pour y rendre compte de sa conduite. Roldan et les autres chefs des mutins , qui avaient été les plus ardents ennemis de Colomb , furent de même obligés de quitter l'île. On publia une ordonnance par laquelle les Indiens étaient déclarés sujets libres de l'Espagne, et l'on défendit d'exiger d'eux aucun service par force et sans le payer à un prix raisonnable. Quant aux Espagnols eux-mêmes, ils furent soumis à plusieurs règlements tendant à éteindre l'esprit de licence et de mutinerie qui avait été si funeste à la colonie , et à établir le respect pour les lois et pour l'ordre public , sans lesquels aucune société ne peut ni subsister ni prendre de l'accroissement. Enfin , pour borner les gains exorbitants que les particuliers étaient supposés faire par le travail des mines, il fut ordonné de porter tout l'or à un seul endroit , où il serait fondu par des officiers publics, qui en retiendraient la moitié pour le roi l. Tandis qu'on prenait ces mesures pour la tran-

(i) Solorzano, Politica indiana, lib. I, cap. 11. Henvra, Decad. /, lib. IV, cap. la.

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