‹ Histoire de l'Amérique (volume 4)Chapitre 12 sur 174 · PRÉFACE. XXJ · texte numérisé non relu

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m'était essentiel d'obtenir des informations authentiques sur les découvertes des Russes , dans leur navigation de Kamtchatka vers la côte d'Amérique. A l'égard de leur premier voyage , en 1741, Muller et Gmelin en ont publié une relation très exacte. Plusieurs auteurs étrangers ont cru que la cour de Russie cachait soigneusement les progrès qui avaient été faits par les derniers navigateurs, et qu'elle souffrait que le public fût trompé par de fausses relations sur leur route. Une telle conduite me paraissait incompatible avec les sentiments généreux , la grandeur d'ame et la protection accordée aux sciences , qui distinguent la souveraine actuelle de Russie ( Catherine II), et je ne pouvais apercevoir aucune raison politique qui pût m' interdire de demander des éclaircissements sur les dernières tentatives faites par les Russes pour ouvrir une communication entre l'Asie et l'Amérique. Mon savant compatriote , le docteur Rogerson, premier médecin de l'impératrice, présenta ma requête à Sa Majesté Impériale , et non-seulement elle désavoua toute idée de mystère , mais elle ordonna dans l'instant que le journal du capitaine Krenitzin, qui a dirigé le seul voyage de découvertes qui ait été fait, sous les auspices du gouvernement , depuis 1741 , fût traduit, et que la carte originale en fût copiée pour mon usage. En les consultant, je suis parvenu à donner une idée des progrès et de l'étendue des découvertes russes , plus satisfaisante que ce qu'on avait jusqu'ici présenté au public

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J'ai reçu aussi d'ailleurs des instructions très utiles et très importantes. M. le chevalier de Pin to, ministre de Portugal à la1 cour britannique , qui a commandé plusieurs années à Matagrosso , établissement portugais dans l'intérieur du Brésil , où les Indiens sont en grand nombre et où leurs mœurs primitives ont été peu altérées par leur commerce avec les Européens, a bien voulu m'envoyer des réponses très satisfaisantes à plusieurs questions sur le caractère et les institutions des naturels de l'Amérique , que j'avais été encouragé à lui adresser par la politesse avec laquelle il avait reçu une demande qui lui avait été faite en mon nom. Ses réponses m'ont convaincu qu'il a examiné avec beaucoup d'attention et de discernement les objets curieux que sa position avait offerts à sa vue, et je l'ai souveut suivi comme un de mes meilleurs guides.

M. Suard , qui, par l'élégante traduction qu'il a publiée de mon Histoire du règne de Charles-Quint , a procuré à cet ouvrage l'accueil favorable qu'il a reçu sur le continent, m'a envoyé des réponses aux mêmes questions, rédigées par M. de Bougainville, qui a eu occasion d'observer les naturels de l'Amérique septentrionale et méridionale, et par M. Godin le jeune, qui a résidé pendant quinze ans parmi les Indiens à Quito et vingt ans à Cayenne. Celles-ci sont d'autant plus précieuses , qu'elles ont passé sous les yeux de M. de la Condamine qui , peu de semaines avant sa mort, y fit quelques courtes additions, qu'on peut regarder comme le dernier effort de cet amour

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pour les sciences qui a rempli l'espace d'une longue vie.

Mes recherches ne se sont pas bornées à une seule région de l'Amérique. Le gouverneur Hutchinson a pris la peine de recommander mes questions à MM. Hawley et Brainerd, deux missionnaires protestants employés parmi les Indiens des cinq nations. Ils ont eu la bonté de me faire des réponses qui prouvent une grande connaissance des peuples dont ils décrivent les usages. J'ai reçu de M. William Smith, auteur d'une histoire intéressante de la Nouvelle- Yorck , quelques éclaircissements utiles. En traitant l'Histoire de nos colonies de l'Amérique septentrionale , j'aurai occasion de reconnaître tout ce que je dois à plusieurs habitants de ces colonies.

Dans la collection précieuse de voyages , rassemblée par M. Alexandre Dalrymple, dont on connaît le goût pour la navigation et les découvertes , j'ai trouvé quelques livres très rares , et particulièrement deux grands volumes de mémoires , en partie manuscrits et en partie imprimés , qui ont été présentés à la cour d'Espagne pendant les règnes de Philippe III et de Philippe IV. J'ai puisé dans ces sources plusieurs particularités curieuses sur l'état intérieur des colonies espagnoles et sur les différents projets qui ont été conçus pour les améliorer. Comme cette collection de mémoires appartenait autrefois à la bibliothèque de Colbert, c'est sous cette dénomination que je l'ai citée.

J'ai consulté tous ces livres et ces manuscrits avec

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