‹ Histoire de l'Amérique (volume 4)Chapitre 123 sur 174 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

en sûreté contre un ouragan violent dont il prévoyait 1 502 les approches par différents pronostics que son expérience et sa sagacité lui avaient appris à reconnaître. Il conseillait en même temps au gouverneur de différer de quelques jours le départ de la flotte pour l'Espagne. Ovando rejeta sa demande et méprisa son conseil. Dans une circonstance où la seule humanité aurait offert un asile à un étranger, on refusa à Colomh l'abord d'un pays dont on lui devait la possession et même la connaissance. Ses avis salutaires , qui méritaient la plus grande attention , furent regardés comme les songes d'un visionnaire qui avait l'arrogance de faire le prophète , en annonçant d'avance un événement hors de la portée de la prévoyance humaine. La flotte mit à la voile. La nuit suivante , l'ouragan se déclara avec une violence terrible. Colomb , qui avait prévu le danger et pris toutes ses précautions , sauva sa petite escadre. La flotte destinée pour l'Espagne eut le sort que méritaient la témérité et l'obstination des commandants. De dix-huit vaisseaux, deux ou trois seulement échappèrent. Bovadilla, Roldan et la plus grande partie des plus ardents ennemis de Colomb et des plus cruels oppresseurs des Indiens, périrent. Toutes les richesses qu'ils emportaient, acquises par tant d'injustices et de cruautés, furent englouties dans les flots. Elles montaient à deux cent mille pesos, somme immense en ce temps-là , et qui eût suffi non-scu-

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4 502 lement pour mettre les coupables à l'abri d'un examen trop sévère de leur conduite, mais même pour leur obtenir un accueil très favorable a la cour d'Espagne. Parmi le petit nombre de vaisseaux qui échappèrent se trouva celui qui portait les effets que Colomb avait sauvés de la ruine de sa fortune. Tous les historiens , voyant dans cet événement une distinction si marquée et si juste de l'innocent d'avec le coupable } et une dispensation si équitable de la peine et de la récompense, ont cru y reconnaître l'action immédiate de la Providence divine , qui vengeait les injures d'un homme de bien persécuté, et punissait les oppresseurs d'un peuple innocent. Mais des faits de cette nature font des impressions différentes sur des hommes ignorants et superstitieux. D'après une opinion qui accompagne souvent l'admiration du vulgaire pour les personnes qui se distinguent par leur génie et leur sagacité , les Espagnols établis à Santo - Domingo ne virent dans Colomb qu'un homme qui possédait un pouvoir surnaturel , et ils imaginèrent qu'il avait excité, par ses conjurations et ses enchantements, cette tempête terrible, pour se venger de ses ennemis '.

4 juillet. Colomb quitta bientôt l'île où il avait été si mal accueilli, et fit voile vers le continent. Après une longue et dangereuse navigation, il découvrit Guanaiai

(r) Oviedo, lib.III, cap. 7 , <>. Honora , Decad. I, lia. V, cap. 1,2. Vie de Colomb, chap. 88.

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