LIVRE SECOND
île voisine de la cote d'Honduras 11 y communiqua 4 502 avec quelques habitants de la grande terre, qui y venaient avec de grands canots. Ils lui parurent plus civilisés et plus avancés dans la connaissance des arts utiles qu'aucune des nations qu'il avait jusqu'alors découvertes. Les Espagnols demandant, avec leur empressement ordinaire, de quel pays venait l'or que les Indiens portaient comme ornement, ces Indiens montrèrent l'ouest, donnant à entendre que l'or y était si abondant qu'on l'employait aux usages les plus communs. Au lieu d'aller à la recherche de ces pays si attrayants, ce qui l'aurait conduit, en suivant la côte d'Yucatan , au ricbe empire du Mexique, Colomb , toujours attaché à son premier et grand projet de trouver un détroit qui communiquât avec l'océan Indien, porta à l'est, vers le golfe de Darien. Il découvrit dans cette route toute la cote du continent, depuis le cap Gracias-à-Dios, jusqu'au havre de Porto -Bello, auquel il donna ce nom a cause de sa beauté et de sa sûreté. Il chercha inutilement son détroit imaginaire, et, quoiqu'il prît terre souvent et s'avançât dans l'intérieur, il n'y pénétra pas assez avant pour traverser et reconnaître l'isthme étroit qui sépare le golfe du Mexique de la grande mer du Sud. La beauté du pays le charma tellement, et il conçut une idée si favorable de sa richesse par les morceaux d'or que les naturels lui firent voir, qu'il résolut de laisser, sous les ordres de son frère , une
4 5o3 petite colonie sur la rivière de Belem, dans la province de Veragua , et de retourner en Espagne pour en rapporter tout ce qui était nécessaire à un établissement solide. Mais l'esprit indomptable de mutinerie et d'indiscipline des hommes qu'il avait à conduire le priva de la gloire de former la première colonie européenne sur le continent de l'Amérique. Leur insolence et leur rapacité forcèrent les Indiens de prendre les armes, et , comme ceux-ci étaient plus braves que les habitants des îles, ils firent périr une partie des Espagnols et obligèrent le reste d'abandonner un poste dans lequel ils ne pouvaient plus se maintenir l il fait nau- Cet échec , le premier que les Espagnols eussent côte de la Ja- reÇu en Amérique, ne fut pas le dernier malheur de maïque. Colomb ; il fut suivi de tous les désastres auxquels des navigateurs peuvent être exposés. Des ouragans furieux, des tempêtes violentes accompagnées de tonnerre et d'éclairs , mirent souvent ses navires à deux doigts de leur perte. Ses gens, mécontents et découragés , épuisés de fatigue et dépourvus de vivres, manquaient de bonne volonté ou étaient hors d'état d'exécuter ses ordres $ un de ses vaisseaux périt ; il fut forcé d'abandonner l'autre , et avec les deux qui lui restaient il quitta cette partie du continent qu'il avait nommée dans sa détresse la Cote des Contra-
(j) Herrera, Dccad. /, lib. V, cap. 5, etc. % Vie de Colomb, chap. 8<j , etc. Oviedo , lib. III, cap. 9.