LIVRE SECOND. 2IO
riètès ', et fit voile pour l'Espagnola. De nouveaux 4 503 malheurs l'attendaient encore. A la vue de la côte de Cuba, une violente tempête l'assaillit; ses vaisseaux se heurtèrent et furent si endommagés par le choc qu'il eut beaucoup de peine à gagner la Jamaïque , où il fut obligé de s'échouer pour ne pas couler à fond. La mesure de ses calamités semblait alors 2 4 juin, comblée. 11 se trouvait jeté sur les rivages d'une île fort éloignée de l'Espagnola, seul établissement européen qu'il y eût en Amérique. Ses navires étaient dans un si mauvais état , qu'ils ne pouvaient plus être réparés. Il paraissait impossible de faire parvenir à l'Espagnola des nouvelles de sa situation , et c'était cependant la seule ressource qui lui restât. Son génie fertile en ressources et plus actif encore dans les dangers extrêmes qui accablent les âmes faibles, trouva bientôt le seul expédient qui pût lui donner quelque espoir. Il profita de la douceur et de l'hospitalité des habitants du pays, qui , regardant les Espagnols comme des êtres d'une nature supérieure, s'empressaient de les aider dans tous leurs besoins : il en obtint deux canots, chacun d'un seul tronc d'arbre creusé à l'aide du feu , mais si mal faits et si difficiles à manœuvrer, qu'ils méritaient à peine le nom de bateaux. Avec ces frêles machines , propres seulement à suivre la cote ou à traverser une petite baie , Mendès, Espagnol, et
(1) La Costa de los Contrastes.
IIO HISTOIRE DE l' AMÉRIQUE.
\ 503 Fieschi, Génois, tous deux particulièrement attachés à Colomb, offrirent courageusement d'aller à l'Espagnola, voyage déplus de trente lieues ', qu'ils exécutèrent en dix jours en surmontant des dangers incroyables et en éprouvant une si grande fatigue que plusieurs des Indiens qui les accompagnaient y succombèrent et moururent. Le gouverneur de l'Espagnola , loin de les accueillir comme leur courage le méritait, ne fut nullement touché de l'horrible situation des Espagnols pour lesquels ils venaient demander des secours. Ovando, par une basse jalousie , ne voulut pas permettre que Colomb mît le pied dans l'île qui était sous son gouvernement. Cette féroce et vile passion ferma son cœur à tous les sentiments d'humanité que devait exciter en lui, ou le souvenir des services et des malheurs de ce grand homme, ou la compassion pour ses concitoyens enveloppés dans les mômes calamités. Mendès et Fieschi sollicitèrent huit mois entiers pour leur commandant et leurs compatriotes sans pouvoir rien obtenir.
4 501*. Cependant mille sentiments divers agitaient l'es-
eis^ssouffra^P^1 (^c Colomb et de ses compagnons d'infortune.
cos. D'abord l'espoir d'une prompte délivrance, qu'on
attendait du succès du voyage de Mendès et de Fieschi, releva les esprits les plus abattus. Lorsqu'il se fut écoulé quelque temps, les plus timides eommcn-
(r) Ovicdo , lié. III , cap. 9.