‹ Histoire de l'Amérique (volume 4)Chapitre 127 sur 174 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

de suite à Colomb chargés de vivres , les mirent à 4 50U ses pieds en le conjurant d'intercéder pour eux auprès du grand esprit et d'écarter le malheur qui les menaçait. Colomb parut touché de leurs prières et promit d'y avoir égard. L'éclipsé se dissipa; la lune reprit son éclat, et dès ce jour, non-seulement les Espagnols eurent des provisions en abondance, mais les Indiens évitèrent même avec une attention qui allait jusqu'à la superstition de leur donner aucun sujet de plainte r.

Pendant que cela se passait, les mutins avaient fait plusieurs tentatives pour gagner l'Espagnola dans les canots qu'ils avaient saisis, et toutes avaient été sans succès , soit par la mauvaise manœuvre , soit par la violence des vents et des courants. Furieux de ce nouveau contre-temps , ils se mirent en marche pour l'endroit de l'île où Colomb était resté , en lui préparant de nouvelles insultes et le menaçant de nouveaux dangers. Au même moment il éprouvait un malheur plus affreux que ceux qu'il pouvait redouter de la part des mutins. Le gouverneur de l'Espagnola , entretenant toujours des soupçons injurieux pour Colomb , envoyait une petite barque à la Jamaïque , non pour tirer ses compatriotes de l'état où ils étaient depuis si long-temps , mais pour les épier et reconnaître leur situation ; et

(1) Vie de Colomb , chap. io3. Hcrrera, Decad I, Ub. VI, cap. 5, 6. Benson, Hist. Ub. /, cap 14.

4 50U de peur que la compassion de ceux qu'il employait à cette mission ne les engageât à donner , contre son intention, quelque secours à ces malheureux, il avait confié le commandement à Escobar, ennemi cruel et invétéré de Colomb. Escobar, suivant ses instructions avec une maligne exactitude, avait jeté l'ancre à quelque distance de l'île , s'était approché du rivage dans un petit bateau, avait observé le misérable état des Espagnols , envoyé une lettre remplie de vains compliments à Colomb, et après avoir reçu sa réponse était parti sur-le-champ. Dès que les Espagnols avaient découvert le vaisseau qui s'approchait de l'île, ils s'étaient livrés à tous les transports de la joie, persuadés que le moment de leur délivrance , si long - temps attendu , était enfin arrivé. Mais lorsque le navire eut disparu si subitement, ils tombèrent dans le plus horrible abattement et perdirent tout espoir. Colomb seul , quoique pénétré jusqu'au fond du cœur de l'insulte gratuite qu'Ovando ajoutait à sa négligence passée , conserva assez d'empire sur lui-même pour relever le courage de ses compagnons. Il leur assura que Mendès et Fieschi étaient arrivés sains et saufs à l'Espagnola , qu'ils enverraient incessamment des vaisseaux et qu'il avait refusé de retourner dans celui d'Escobar qui était trop petit pour les recevoir tous, étant résolu à ne jamais abandonner les fidèles compagnons de son infortune. Cette espé-

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