LIVRE SECOND
rance d'une délivrance prochaine les calma. Ils surent \ 50^ gré à Colomb de la générosité avec laquelle il paraissait occupé de leur conservation plus même que de la sienne* Ils reprirent quelque courage et lui rendirent leur confiance1.
Sans cet heureux changement, Colomb n'eût jamais pu résister aux mutins qui s'approchaient. Tous ses efforts pour les calmer ne faisaient que les rendre plus furieux. Leurs demandes devenaient de jour en jour plus extravagantes et leurs desseins plus violents et plus sanguinaires. La sûreté commune exigeait qu'on leur résistât à force ouverte. Colomb souffrant et affaibli par la goutte ne pouvait se mettre en campagne. Son frère l'Adelantade marcha contre eux. Les mutins rejetèrent avec mépris toute espèce d'accommodement et fondirent sur lui. Il était bien préparé à les recevoir. Au premier choc, plusieurs de leurs chefs furent tués. L'Adelantade, aussi vigoureux que brave, s'attacha à combattre leur capitaine, le blessa, le désarma et le fit prisonnier a. Le reste s'enfuit honteusement en montrant une lâcheté digne de leur première insolence. Bientôt après la troupe entière se soumit à Colomb , et s'engagea par les serments les plus solennels à lui obéir désormais en tout. A peine la tranquillité était - elle rétablie , qu on vit paraître les
(i) Vie de Colomb , chap. 104. Herrera , Decad /, lib. VI, cap. 17. (2) Vie de Colomb, chap. 107. Herrera, Decad I, lib. VI, cap. 11.
■2l6 HISTOIRE DE L'AMÉRIQUE.
iôo^ vaisseaux que Colomb avait promis, sans y compter beaucoup. Les Espagnols quittèrent avec des transports de joie une île où la jalousie inhumaine d'Ovando les avait laissés languir pendant plus d'une année, exposés à toutes les espèces de calamités. x3 août. Lorsque Colomb fut arrivé à San to - Domingo ,
il quiiie l'île le gouverneur mit en œuvre tous les artifices des
cl arrive à l'Es- ., , iv 1 1 1
pagnola. âmes viles, qui reparent 1 insolence par la bassesse, flattant l'homme dont il était jaloux et dont il avait tramé la perte. Il reçut Colomb avec de grandes marques de respect, le logea dans sa maison et lui prodigua toutes sortes de distinctions. Mais , au milieu de ces démonstrations simulées, il ne put cacher la haine qui dévorait son cœur. Il mit en liberté le chef des mutins, que Colomb avait amené dans les fers pour le faire juger pour ses crimes, et intimida tous ceux qui avaient défendu le parti de l'amiral, en les menaçant de rechercher leur conduite. Colomb se soumit en silence à ce qu'il ne pouvait empêcher. Mais il montra une extrême impatience de quitter un pays où commandait un homme qui l'avait traité en toute occasion avec tant d'injustice et d'inhumanité. Ses préparatifs furent bientôt faits et il mit à la voile pour l'Espagne avec deux vaisseaux. Le malheur qui avait accompagné sa vie continua de le poursuivre jusqu'à la fin de sa carrière. Un de ses vaisseaux fut obligé de revenir à Santo-Doiningo , ne pouvant plus tenir la