‹ Histoire de l'Amérique (volume 4)Chapitre 129 sur 174 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

mer : l'autre , battu par de violentes tempêtes, fit 4 50*1 sept cents lieues avec des vergues pour mâts et gagna avec beaucoup de difficulté le port de San- Lucar \ Colomb y reçut en arrivant 2 la nouvelle Décembre. de l'événement le plus fâcheux qu'il pût craindre. Isabelle venait de mourir, et cette perte lui en- Mort d'Isalevait la dernière ressource qu'il avait espéré de e e* trouver dans sa justice , son humanité et sa bienveillance. Il ne restait plus personne qui pût réparer les injustices qu'il avait éprouvées , le récompenser de ses services , et le dédommager de ses souffrances. Ferdinand l'avait toujours traversé et avait été souvent injuste envers lui. Des sollicitations auprès d'un prince si prévenu devenaient pour Colomb aussi désagréables qu'inutiles ; c'était pourtant dans cette triste occupation qu'il était destiné à consumer le reste de ses jours. Aussitôt que sa santé put le lui permettre , il se rendit à la cour. Ferdinand l'accueillit avec une politesse froide. Colomb lui présenta requête sur requête pour obtenir la punition de ses oppresseurs et la restitution de tous les privilèges qui lui étaient promis par le traité de 1/192. Ferdinand l'amusa de belles paroles : il employa toutes sortes d'artifices pour éluder ses demandes et laissa voir clai-

(1) Vie de Colomb, chap. 108. Herrera , Decad. I, lib. VI, cap. 12.

(2) Suivant la relation de' Diego Porras , Collection des voyages et découvertes des Espagnols, etc., Christophe Colomb entra dans le port de San Lucar le i5 novembre i5o4. (D. L. R. )

4 50/* rement l'intention de ne jamais terminer cette affaire. La santé affaiblie de Colomb flattait Ferdinand de l'espérance qu'il serait bientôt délivré de ce solliciteur importun , et le soutenait dans l'exécution de son injuste plan de délai : il ne fut pas trompé dans son attente. Le cœur navré de l'ingratitude d'un monarque qu'il avait servi avec tant de fidélité et de succès , épuisé par les fatigues et les chagrins qu'il avait essuyés , et affaibli par les infirmités qui étaient le fruit de ses travaux, Colomb finit sa vie à Yalladolid, le 20 mai i5o6, dans la cinquante - neuvième année de son âge1. 11 mourut avec la fermeté qui avait toujours distingué son caractère et avec les sentiments de religion qu'il avait montrés dans toutes les circonstances de sa vie \

(r) Son corps , déposé d'abord dans le couvent de Saint-François, fut transféré, en i5i3, au monastère des Chartreux de las Cuevas à Séville, et placé dans la chapelle de sainte Anne ou du Christ qu'avait fait construire l'année précédente le frère D. Diego Lugan et non dans les tombeaux des seigneurs d'Alcala , ainsi que le dit Zuniga ( Annales de Séville, liv. xtir, ani5o6, § Ier). Porté ensuite à Santo-Domingo , il fut mis dans l'église cathédrale de cette ville. La partie espagnole de l'île de Saint-Domingue ayant été cédée à la France par le traité de Bàle, les restes de Christophe Colomb furent définitivement exhumés et transférés en 1796 à la Havane, où ils sont en ce moment. (D. L. R.)

(2) Vie de Colomb , chap. 108. Herrera, Decad. I, lib. VI, cap. i3 , 14 , i5.

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