LIVRE TROISIÈME. 23 I
à l'oppression , trouvèrent alors le joug de l'esclavage 1 505 si intolérable qu'ils firent plusieurs tentatives pour recouvrer leur liberté. Les Espagnols traitèrent leurs efforts de rébellion et prirent les armes pour les réduire. Lorsqu'une guerre s'élève entre des nations qui se trouvent dans un état de civilisation à peu près semblable , les moyens de défense sont proportionnés à ceux d'attaque ; dans une lutte à force égale , les efforts qui se font de part et d'autre , les talents qui déploient leur activité et les passions qui se développent, peuvent présenter l'humanité sous un point de vue aussi curieux qu'intéressant. C'est une des plus nobles fonctions de l'histoire que d'observer et de peindre les hommes dans les situations où les âmes sont le plus violemment agitées et où toutes leurs facultés sont mises en mouvement : aussi les opérations et les événements de la guerre chez des nations ennemies ont-ils été regardés par les historiens , tant anciens que modernes , comme un objet important et capital dans les annales du genre humain. Mais dans une querelle entre des sauvages entièrement nus et une des nations les plus belliqueuses de l'Europe, où la science, le courage et la discipline étaient toutes d'un côté, et la timidité, l'ignorance et le désordre de l'autre , un détail circonstancié des événements serait aussi dépourvu d'agrément que d'instruction
Si la simplicité et l'innocence des Indiens , en éveil-
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\ 505 lant l'humanité dans le cœur des Espagnols , eussent tourné en un sentiment de pitié l'orgueil de la supériorité , et les eussent engagés à instruire les habitants du Nouveau-Monde au lieu de les opprimer, l'historien pourrait raconter sans horreur quelques actes de violence qui ressembleraient aux châtiments trop rigoureux infligés par des maîtres impatients à des élèves indociles. Mais malheureusement ce sen- . timent de la supériorité s'exerça d'une manière bien différente : les Espagnols avaient tant d'avantages de toute espèce sur les naturels de l'Amérique qu'ils les regardaient avec mépris, comme des êtres d'une nature inférieure pour qui les droits et les privilèges de l'humanité n'étaient point faits. Dans la paix , ils les soumirent à l'esclavage; dans la guerre, ils n'eurent aucun égard à ces lois qui, par une convention tacite entre les nations ennemies , règlent les droits de la guerre, et mettent quelques bornes à ses fureurs. Les Américains ne furent ooint traités comme des hommes qui combattent pour défendre leur liberté, mais comme des esclaves révoltés contre leurs maîtres. Ceux de leurs caciques qui tombaient entre les mains des Espagnols étaient condamnés comme des chefs de brigands aux plus cruels et aux plus infâmes supplices, et tous leurs sujets, sans égard pour les rangs établis parmi eux, étaient également réduits à la plus abjecte servitude. C'est avec de semblables dispositions que l'on attaqua le cacique