‹ Histoire de l'Amérique (volume 4)Chapitre 132 sur 174 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

de Higuey, province située à l'extrémité orien- 4505 taie de l'île. Cette guerre fut une suite de la perfidie des Espagnols qui violèrent le traité qu'ils avaient fait avec les naturels ? et elle se termina par le meurtre du cacique , qui fut pendu pour avoir défendu son peuple avec une bravoure supérieure à celle de ses compatriotes et digne d'un meilleur sort \

Ovando se comporta dans une autre partie de l'île Conduite d'une manière encore plus cruelle et plus perfide. La ^Jq, ^ province qu'on appelait anciennement Xaragua , et qui s'étendait depuis la plaine fertile où Léogane est aujourd'hui situé, jusqu'à l'extrémité occidentale de l'île , était soumise à la domination d'une femme , Anacoana, chérie et respectée de ses sujets. Par une suite de ce goût très vif que les femmes d'Amérique avaient pour les Européens et dont on expliquera la cause dans la suite, Anacoana avait toujours recherché l'amitié des Espagnols et les avait comblés de bons offices ; mais quelques-uns des partisans de Roldan , s'étant établis dans son pays , furent tellement irrités des moyens qu'elle prit pour réprimer leurs excès , qu'ils l'accusèrent d'avoir formé le dessein de secouer le joug et d'exterminer les Espagnols. Ovando, quoique persuadé du peu de confiance que méritait le témoignage de ces hommes corrompus, marcha sans autre information vers Xaragua avec trois cents

(i) Herrera, Decad. I, lia VI, cap. 9, 10.

î 505 hommes d'infanterie et soixante-dix cavaliers ; mais, pour empêcher que cette expédition militaire ne répandît d'avance l'alarme parmi les Indiens , il annonça que son intention était de faire une visite respectueuse à Anacoana, à qui les Espagnols avaient tant d'obligations ; et de régler avec elle la manière dont on lèverait le tribut exigé pour le roi d'Espagne. Anacoana , s'empressant de traiter un hôte si distingué avec les égards qui lui étaient dus , assembla les hommes principaux de ses domaines au nombre de trois cents 9 et s'avançant à leur tête , suivie d'une foule nombreuse des autres habitants , elle reçut Ovando au milieu des chants et des danses, selon la coutume du pays , et le conduisit ensuite dans le lieu qu'elle habitait. Il y fut traité pendant quelques jours avec tous les soins de la simple hospitalité; elle l'amusait des jeux et des spectacles en usage chez les Américains dans les occasions de fête et de réjouissance. Au milieu de la sécurité que cette conduite inspirait à Anacoana, Ovando méditait la destruction de cette reine innocente et de son peuple, et la barbarie de son projet ne peut être égalée que par la basse perfidie avec laquelle il l'exécuta. Sous prétexte de donner aux Indiens la représentation d'un tournoi européen, il s'avança avec ses troupes rangées en bataille vers la maison où étaient assemblés Anacoana et les chefs de sa suite. L'infanterie s'empara de toutes les avenues qui conduisaient au village, pendant que

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