‹ Histoire de l'Amérique (volume 4)Chapitre 133 sur 174 · LIVRE TROISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME

la cavalerie investissait la maison. Ces mouvements 4505 n'excitèrent d'abord que l'admiration sans aucun mélange de crainte ; mais à un signal dont on était convenu, les Espagnols tirèrent tout a coup leurs épées et fondirent sur les Indiens sans défense, et étonnés d'une trahison à laquelle ne pouvaient pas s'attendre des hommes simples et confiants. On s'assura aussitôt d'Anacoana. Tous ceux qui la suivaient furent saisis et chargés de liens ; on mit le feu à la maison , et, sans examen ni preuves , tous ces infortunés qui étaient les personnes les plus considérables du pays furent consumés par les flammes. Anacoana fut réservée à un destin plus ignominieux. On la transporta enchaînée à Santo-Domingo , où , après la formalité d'une procédure faite devant les juges espagnols, elle fut condamnée à être pendue publiquement, sur le témoignage des mêmes hommes qui l'avaient trahie \

Intimidés et humiliés par le traitement atroce Réfaction

, . . , , , des Indes. Ce

qu essuyaient les princes et les personnages les plus qili en resuite, respectés du pays , les habitants de toutes les provinces de PEspagnola se soumirent sans résistance au joug des Espagnols. Après la mort d'Isabelle, tous les règlements qu'elle avait faits pour adoucir le malheur de leur servitude furent oubliés. On retira la

(1) Oviedo, lib. III, chap. 12. Mènera, Decad. I, Ub. VI, cap. 4 Relation de destruye. de lus Indîaspar Bart. de Las Casas , pag. 8.

150G petite gratification qu'on leur payait comme le salaire de leur travail , et en même temps on augmenta les charges qu'on leur imposait. Ovando, n'étant plus retenu par rien , partagea les Indiens entre ses amis dans toute l'île. Ferdinand, à qui la reine avait laissé par son testament une moitié du revenu provenant des établissements du INouveau-Monde, accorda à ses courtisans des concessions du même genre, qu'il regardait comme la manière la moins onéreuse de récompenser leurs services. Ceux-ci affermaient les Indiens dont ils étaient devenus les propriétaires à ceux de leurs concitoyens qui étaient établis à l'Espagnola ; ces peuples malheureux étant contraints par la force de satisfaire la rapacité des uns et des autres , les exactions de leurs oppresseurs n'eurent plus de bornes. Mais cette police barbare , quoique funeste aux habitants de l'île, produisit pendant quelque temps des effets très avantageux aux Espagnols. En rassemblant ainsi les forces d'uue nation fière pour les diriger vers un même objet, on parvint a pousser l'exploitation des mines avec une rapidité et un succès prodigieux. Pendant plusieurs années, l'or qu'on apportait aux fontes royales de l'Espagnola montait à quatre cent soixante mille pezos (environ deux millions quatre cent mille livres tournois), ce qui doit paraître une somme prodigieuse, si l'on fait attention à la grande augmentation de valeur que l'argent a acquise depuis le commence-

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