‹ Histoire de l'Amérique (volume 4)Chapitre 135 sur 174 · LIVRE TROISIÈME. 23o · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. 23o

lière et étendue. Il donna une forme régulière au gou- 4 507 vernement ecclésiastique d'Amérique , en nommant des archevêques, des évêques, des doyens et des ecclésiastiques inférieurs , pour veiller sur les Espagnols qui y étaient établis , ainsi que sur ceux des naturels qui embrasseraient la foi chrétienne. Mais , malgré la déférence et le respect de la cour d'Espagne pour le saint-siége, Ferdinand sentit l'importance d'empêcher* toute puissance étrangère d'étendre sa juridiction ou son influence sur ses nouveaux domaines ; en conséquence il réserva à la couronne d'Espagne le droit exclusif de patronage pour les bénéfices de l'Amérique, et stipula qu'aucune bulle ou ordonnance du pape n'y serait promulguée qu'après avoir été préalablement examinée et approuvée par son conseil. Ce fut par le même esprit de jalousie qu'il défendit à qui que ce fût de s'établir en Amérique , ou d'y porter aucune espèce de marchandise , sans une permission spéciale de ce même conseil \

Malgré l'attention que ce prince donnait à la Diminution police et à la prospérité de la colonie , elle se vit n01y)re ^ menacée, par un accident imprévu, d'une destruc- Iudicnstion prochaine. Les naturels de l'île, sur le travail desquels les Espagnols avaient compté pour leur succès et même pour leur existence, se détruisaient avec tant de rapidité que l'extinction de la race entière paraissait inévitable. Lorsque Colomb de-

(i)Herrera, Decad.J, lib. VI, cap. 19, 20.

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1507 couvrit l'Espagnola, on y comptait au moins un million d'habitants ■ ; dans l'espace de quinze ans ils se trouvèrent réduits à soixante mille. Cette prodigieuse diminution de l'espèce humaine résultait du concours de différentes causes. Les naturels des îles de l'Amérique, étant d'une constitution plus faible que les habitants de l'autre hémisphère , ne pouvaient ni exécuter les mêmes travaux ni supporter les mêmes fatigues que des hommes doués d'une organisation plus vigoureuse. L'indolence et l'inaction dans laquelle ils se plaisaient à passer leur vie , étant l'effet de leur faiblesse et contribuant en même temps à l'augmenter, les rendaient, par habitude autant que par nature, incapables de tout effort pénible. Les aliments dont ils subsistaient étaient peu nourrissants; ils n'en prenaient qu'en petite quantité, et cette nourriture n'était pas suffisante pour fortifier des corps débiles et les mettre en état de soutenir les travaux de l'industrie. Les Espagnols, faisant peu d'attention à cette constitution particulière des Américains , leur imposaient des tâches si disproportionnées à leurs forces qu'on en voyait un grand nombre succomber à la peine et périr d'épuisement; d'autres s'abandonnant au désespoir, terminaient eux-mêmes leurs misérables jours. Une partie de ces peuples ayant été obligée d'abandonner la culture des terres pour aller travailler dans les

(i) Hcrrera, Decad. I , lib. X , cap. 12. S

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